L’association catholique “Molod Za Myr” prépare tous les soirs des repas pour les plus démunis. Elle les distribue ensuite dans les rues de Kiev. Nous avons  suivi ces bénévoles pour une soirée de maraude.

Crédit: Lara Roques

Dans la cuisine du « Passage », local de l’association catholique “Molod Za Myr” (Les Jeunes pour la paix), au centre de Kiev, les bénévoles préparent ce mardi après-midi des repas pour les sans-abri de la capitale. D’abord une bonne dose de mayonnaise sur un tiers de baguette. Puis quelques morceaux d’œuf dur, de cornichon et deux tranches de salami.

Une drôle de chaine s’est instaurée. Sur les deux tables prises d’assaut, Sasha coupe le pain, Artem dépose la mayonnaise dessus, Olya les œufs et ainsi de suite. En un peu plus d’une heure, ils fabriquent pas moins de 250 sandwiches dans cette petite cuisine bondée à l’allure seventies.

Autour de la table, on parle écologie, politique, mais aussi de la vie quotidienne. Les rires se mêlent à la préparation des sandwichs. Olya grignote des miettes de pain éparpillées sur la table puis coupe des morceaux de pomme pour tout le monde. La plupart des bénévoles sont des étudiants au look sobre et modeste.

Direction la gare Vokzalna

Grands thermos et sacs de nourriture sous le bras, ils se séparent en cinq groupes pour se répartir les quartiers de la capitale. Le notre prend le métro direction Vokzalna, grande gare et point névralgique de Kiev. C’est Eugene qui nous supervise. Lui et sa femme ont créé l’association en 2011 et se partagent les soirées de maraude, un jour sur deux.

Une cinquantaine de personnes attendent dans un parc couvert de neige, entre une église et un KFC illuminé : c’est le point de rendez-vous quotidien. Des hommes, souvent quadragénaires, mais aussi de vieilles femmes, toutes petites et emmitouflées. L’une d’elles fouille dans la multitude de sacs plastiques qu’elle transporte, sort un gobelet Mc Donald’s et se sert de thé. «Hmm c’est chaud, c’est bon, ça fait du bien», souffle-t-elle.

Eugene adresse des sourires et des «bon appétit» à la volée. Il s’est posté à côté du thermos et tend des verres de thé. «Ce qui m’a décidé, c’est quand j’ai réalisé que j’étais devenu totalement désensibilisé. A force de croiser des gens dans la rue, je n’y prêtais plus attention», raconte-t-il. En quelques minutes, le repas est distribué et tout le monde mastique silencieusement.

Kiev compte environ 12.000 personnes sans domicile fixe. Et peu de centres d’accueil, ce qui pousse les sans-abri à s’abriter dans les gares et autres lieux publics chauffés. Le froid reste leur problème principal.

Des vêtements chauds pour tout le monde

Parmi les personnes présentes ce soir, certains ne sont pas sans-abri, mais tous sont en difficulté. En plus des sandwiches, du thé, des biscuits et des paquets de nouilles chinoises, les bénévoles distribuent des vêtements chauds à tout le monde. Les pulls et autres bonnets sont récupérés en cinq minutes. Ce soir, certains dormiront dans des centres, d’autres dans des abris de fortune. Ce mardi à 18 heures, il fait nuit noire et déjà -15 degrés celsius.

Pour la nourriture et le thé, il y a du rab. L’équipe s’engouffre à l’intérieur de la gare pour repérer des personnes dans le besoin. «Demandez à ceux qui ont l’air en détresse. Il se peut que vous vous trompiez et que vous vous fassiez un peu crier dessus, mais c’est pas grave, vous vous habituerez», s’amuse Eugène. Quinze minutes et un couple aidé plus tard, il est temps de revenir au « Passage », à quelques centaines de mètres de Maïdan.

Devant la célèbre place, des personnes distribuent de la soupe à l’arrière du coffre d’une camionnette. Victor, l’un des bénévoles, explique : «c’est une organisation du gouvernement, on n’est pas les seuls à Kiev». Des aides et des infrastructures se créent petit à petit pour venir en aide aux sans-abri. Mais les besoins restent immenses.