La terre noire d’Ukraine est l’une des plus fertiles au monde. Une quinzaine de français ont choisi de venir s’installer en Ukraine. Clément Coussens dirige l’une de ces fermes. Il nous fait entrer dans le monde surdimensionné de l’agriculture à l’ukrainienne.

Archives. Crédit: Victor Bergeon

L’or noir de l’Ukraine, c’est sa terre. Cette terre noire, le “tchernoziom”, s’étend sur tout le pays. Elle est considérée comme l’une  des plus fertiles au monde. Certains Français ont décidé de profiter de cette ressource extraordinaire en se délocalisant en Ukraine.

Clément Coussens dirige à Pavlohrad -à 150 kilomètres de Donetsk, dans l’est du pays- une gigantesque ferme de 10.000 hectares, baptisée Agro KMR. Pour le compte de quatre agriculteurs français. Sur le terrain, il mène une équipe de 35 personnes.“Pendant la période des moissons, nos 14 chauffeurs se relaient pour que le travail avance dans les champs 24 heures sur 24”, explique Clément Coussens.

Une équipe administrative composée de huit personnes s’occupe des questions légales et comptables “On pourrait croire que la France est très bureaucratique, mais l’Ukraine c’est pire. Nos équipes croulent sous la paperasse et tout n’est pas toujours très clair…”

Des difficultés vite oubliées face à la réalité des chiffres. “On a fait 6 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2016, ça met du beurre dans les épinards” s’amuse Clément.

Des drones et des tracteurs géants

Les quatre agriculteurs français, originaires de Haute-Marne, ont lancé le projet ukrainien en 2006. “Ils continuent de vivre en France et se relaient tous les quinze jours pour venir voir comment les choses se passent ici. Ils ont 1.500 hectares en France, mais la ferme ukrainienne est aujourd’hui une vraie priorité pour eux”

Trois drones, des tracteurs dernier cri, une analyse des terrains par satellite…  la ferme Agro KMR se veut à la pointe de la technologie. “Pour travailler une telle surface, on est obligés d’avoir des outils très performants. Les drones et l’analyse satellite nous font gagner un temps fou, on sait exactement où sont situés les problèmes dans les champs, on peut analyser la densité de la terre, sa température, sa profondeur. On peut parfaitement adapter notre travail “ explique Clément Coussens.

Vidéo réalisée à partir des images de Clément Coussens

Pour protéger les terres, les bâtiments et ces outils de haute performance, la ferme emploie 12 gardiens, qui surveillent les sites stratégiques en continu.

Iphone, voiture de fonction, sécurité sociale payée par l’entreprise et salaire six fois supérieur au salaire minimum… Pour maintenir le moral des troupes au beau fixe, les dirigeants de l’exploitation misent sur les conditions de travail des employés.  “Cet hiver, on est tous partis ensemble visiter la France, l’année d’avant, on était au ski… Nos gars sont très bons et on veut qu’ils continuent à travailler avec nous. Ça fait 10 ans qu’ils sont là et pour le moment, aucun n’a évoqué l’idée de partir”, se félicite Clément.

Avec la chute du communisme, les centaines de milliers d’hectares des kolkhozes (de gigantesques fermes contrôlées par l’Etat durant la période soviétique) ont été partagées entre tous les travailleurs. Aujourd’hui, les terres agricoles ukrainiennes appartiennent à des milliers de micro-propriétaires. Ils ne possèdent parfois que quelques ares. Ces terres sont mises en commun puis exploitées par de gigantesques fermes, telle Agro KMR.

“On loue les terres de 1500 propriétaires. Chaque année, en faisant jouer la concurrence, ils font monter les prix, explique Clément Coussens. Ces terres  représentent notre outil de travail donc on fait ce qu’il faut pour maintenir une relation stable, de confiance.”

L’ agrandissement de l’exploitation et l’ancrage de l’entreprise auprès de la population locale sont les objectifs annoncés par les dirigeants d’Agro KMR. Dans les mois à venir, des plantations de fraises devrait voir le jour. Cette production, qui demande beaucoup de main d’oeuvre, pourrait permettre de faire travailler les ukrainiens. Une manière de créer de la richesse tout en intégrant un peu plus l’entreprise française dans la région.