Les affrontements entre l’armée ukrainienne et les séparatistes ont repris à l’est du pays. La ville d’Avdiivka, près de Donetsk, se dirige vers une crise humanitaire d’ampleur.

A l’est du pays, le conflit reprend avec force. Depuis le 29 janvier, au moins 31 personnes, civils et militaires, sont mortes et 14 ont été blessés dans des explosions aux alentours d’Avdiivka, à proximité de Donetsk. La ville la plus peuplée du front connait des bombardements qui ont endommagé les infrastructures clés de la ville et plongé la ville dans une crise humanitaire préoccupante.

Alors que les températures sont descendues jusqu’à -18 degrés, la ville a été privée de chauffage, d’électricité et de ressources en eau pendant plusieurs heures. Pour contrer un possible drame humanitaire, le pays s’organise: un plan d’évacuation a été préparé au cas où la situation s’aggraverait, selon le chef de l’administration régionale civile et militaire Pavlo Zhebrivsky. De nombreux colis d’aide humanitaire sont arrivés en ville et des stations de réchauffage et de recharges de téléphones portables ont été mises en place par le service d’urgence ukrainien et par l’association Caritas Ukraine.

Plus de 10.000 explosions le 31 janvier

Des repas chauds, des médicaments, des manteaux et des bouteilles d’eau sont distribués dans les huit tentes installées. Les magasins alimentaires, eux, sont réapprovisionnés. Des médicaments arrivent aussi mais la ville a toujours besoin de matériaux de construction pour se chauffer. Si l’approvisionnement en gaz est disponible presque partout, l’eau est fournie plusieurs heures par jour mais il n’y a toujours pas d’approvisionnement énergétique centralisé en ville.

Le colonel Oleksandr Motuzyanyk au centre médiatique de Kiev, le 2 février 2017

L’armée est aussi à la manoeuvre pour organiser l’aide d’urgence. Le 2 février, lors de la conférence de presse quotidienne du Centre médiatique sur la crise en Ukraine à Kiev, le colonel Oleksandr Motuzyanyk, porte-parole du ministère de la Défense, a assuré que “les troupes ukrainiennes ont déjà déployé 10 cuisines de campagne dans la ville, organisé des stations de repas et fourni aux habitants d’Avdiivka cinq tonnes d’eau en bouteille”. “En outre, les unités des forces armées ukrainiennes sont prêtes à installer des unités de chauffage mobiles supplémentaires, si les circonstances l’exigent”, a-t-il indiqué. 

Iryna Perkova, correspondante du centre médiatique “Crisis Mariupol”, à Avdiivka, décrit une ville sur les nerfs mais dément toute scène de panique. “Les enfants continuent de jouer avec la neige et les résidents tentent de garder leurs esprits“. 

Distribution de repas chauds par une association humanitaire à Avdiivka, mercredi 1er février, UMCM

Dans un rapport datant du 1er février, les observateurs de l’OSCE ont déploré “une intensification des violences et de nombreuses violations du cessez-le-feu” depuis le 29 janvier. Des pièces d’artillerie lourde qui étaient censées avoir disparu de la ligne de front conformément aux accords de Minsk ont notamment été retrouvés sur place.

Cela faisait presque deux ans que la région du Donbass n’avait pas connu un tel pic de violences: plus de 10.000 explosions ont été comptabilisées par les observateurs de l’OSCE le 31 janvier.

Nombre de violations du cessez-le-feu enregistrées depuis ces derniers mois à l’est de l’Ukraine. (OSCE)

A l’heure qu’il est, il reste difficile de dire s’il s’agit d’une énième manoeuvre de la Russie pour déstabiliser l’Ukraine ou si les séparatistes pro-russes se sont enhardis suite à l’élection de Donald Trump. Ce qui est sûr, c’est que les camps ukrainien et russe s’accusent mutuellement. La situation reste confuse. Tandis que le porte-parole du Kremlin accuse l’armée ukrainienne d’avoir attaqué la ville d’Avdiivska (contrôlée par Kiev depuis les accords de Minsk), le ministère ukrainien des Affaires étrangères considère que “l’escalade actuelle dans le Donbass montre clairement que la Russie continue de faire peu de cas de ses propres engagements dans le cadre des accords de Minsk”.