L’Église adventiste mène de nombreuses actions sociales en Ukraine. Une manière de se faire connaître et apprécier de la population et peut-être, de faire venir de nouveaux fidèles.

Le cabinet de radiologie ambulant. (Crédit : Sarah Rozenbaum)

Dans la banlieue de Kiev, comme pour se tenir chaud, les immeubles se serrent les uns contre les autres. Seul, au milieu d’eux, un complexe vert anis détonne. Le logo ADRA, comme «Agence adventiste de développement et d’aide humanitaire», qui s’étend sur la devanture est recouvert de neige. Il suffit au visiteur de franchir le pas de la porte pour tomber sur des bénévoles souriants, dont le t-shirt arbore le nom de l’Église adventiste du septième jour. Cette église, issue du protestantisme et née en 1860, s’est implantée en Ukraine après la chute de l’URSS. Sur ses 18 millions de membres dans le monde, elle en compte près de 70.000 dans le pays.

Sous les néons, le hall d’accueil ressemble à s’y méprendre à celui d’un hôpital: carrelage blanc, ambiance aseptisée, personnel en tenue médicale… Un puzzle accroché au mur et représentant Jésus en apesanteur au-dessus de la Terre rappelle pourtant qu’il ne s’agit pas d’un établissement hospitalier traditionnel. La foule de personnes présentes semble toutefois n’accorder aucune attention à cet élément de décor. Bénévoles, médecins et patients se croisent, se saluent, se suivent dans le dédale de couloirs.

Aujourd’hui, c’est le début d’une campagne de trois jours destinée à offrir un check-up médical complet à tous les réfugiés ayant fui le conflit à l’est de l’Ukraine et de manière plus générale aux personnes trop pauvres pour s’occuper de leur santé. L’Église a fait sa publicité sur les réseaux sociaux dans les jours qui ont précédé, afin de toucher le plus de personnes possibles. «Mon petit-fils a vu passer l’annonce sur Facebook et il a pensé à moi, ça fait des mois que je me plains de mon dos mais je n’ai pas de quoi payer un spécialiste”, évoque Valentyna, 60 ans.

Au total, près de 40 membres du personnel de santé participent à cette opération. Du gynécologue au neurologue, l’offre est large. Un bus, cabinet de radiologie ambulant, circule même aux alentours afin d’aller voir les habitants qui ne peuvent pas se déplacer.

Le projet s’insère dans un programme plus large intitulé “Kiev city of hope” (Kiev cité de l’espoir, NDLR), lancé par l’Église adventiste en 2013. La direction du mouvement jure par la bouche de son secrétaire général ukrainien, Maksym Krupskyi, «ne pas faire cela pour l’image» mais constate quand même une hausse de la popularité de sa communauté. Pour les fonds nécessaires au financement de ces opérations, Maksym Krupskyi compte sur “des partenariats avec d’autres Églises”, mais également sur des “donateurs privés”.

Puzzle de Jésus accroché dans l’entrée. (Crédit : Sarah Rozenbaum)

“C’est quand on soigne les gens qu’ils commencent à croire”

Dans ce centre pourtant consacré à l’aide médicale, il n’est pas compliqué de constater que la religion n’est jamais loin. Des brochures présentes sur toutes les tables vantent les actions de l’Église adventiste. Maksym, l’un des dentistes, l’affirme: « Ici, on soigne les corps, les esprits et les âmes ».

Afin de prendre soin de l’âme des patients, l’Église ne rechigne pas à la dépense. La moitié du bâtiment est ainsi réservée à des spécialistes de la Bible qui dispensent des cours d’études bibliques à qui veut. Pour les adventistes, le soin des corps pourrait ne constituer qu’une étape préparatoire sur le chemin du bien-être qui passe nécessairement par la religion. «Quand on a un corps sain, on a un esprit sain et on est bien plus capable de comprendre la Bible. C’est quand on soigne les gens qu’ils commencent à croire», explique le dentiste.

L’Église adventiste a tout d’une église moderne. Elle a multiplié ses actions sociales depuis le début du conflit dans le Donbass, en alliant charité chrétienne et une communication. Une Église qui possède même son propre réseau de chaînes de télévision, diffusées à l’international. En Ukraine, “Hope Channel”, “la chaîne de l’espoir”, s’emploie à ne diffuser que des “contenus qui apportent de l’espoir”. Émissions de diététique, séances de prière, discussions autour de la famille et comment régler les conflits grâce aux enseignements religieux. Rien ne rappelle le conflit qui sévit dans toute une partie du pays. Et cela permet d’apaiser les âmes pendant quelques instants au moins.