Samedi 4 février, le premier round des demi-finales nationales de l’Eurovision était attendu en Ukraine. Le pays, vainqueur de l’édition 2016, accueillera la compétition à Kiev, en mai. L’occasion pour les Ukrainiens de retenir l’attention de leurs voisins européens.

Crédit: Amandine Rouve

En périphérie de Kiev, le petit palais des sports du quartier de Shuliavka est la seule source de lumière. Sous l’énorme néon bleu et jaune “Eurovision Song Contest”, le public se masse devant les portes de la salle. Malgré les -5°C ambiants et la bonne couche de neige tombée la veille, les spectateurs sont en tenue de gala : talons hauts, fourrures, chemises ouvertes sur le torse et boutons de manchettes. A Kiev, les Ukrainiens sont toujours apprêtés, même en hiver, et ce samedi soir, ils assistent à un événement important.

Pour la plupart, le concours de l’Eurovision a une valeur qu’il n’a pas aux yeux des Français. “C’est une chance inespérée de montrer les talents de notre pays au monde”, explique Nanè, la chanteuse du groupe Monochromea. Bonnet vissé sur le crâne et chemise boutonnée jusqu’au col, elle s’avoue stressée avant de monter sur scène. Elle va chanter sous les yeux de Jamala, la chanteuse tatare qui a gagné l’Eurovision pour l’Ukraine, en 2016. Elle fait partie du jury des demi-finales.

La chanteuse Nanè, du groupe Monochromea. Crédit : Amandine Rouve

Sa chanson 1944, qui parle de la déportation des Tatars de Crimée par l’armée de Staline au siècle dernier, avait fait polémique l’année dernière. La Russie avait dénoncé une manœuvre politique, estimant qu’elle y faisait le parallèle avec l’annexion de la péninsule criméenne par Moscou en 2014. “Cette chanson vient du plus profond de son âme. C’est un très beau texte, dans lequel elle dit ce qu’elle ressent par rapport à une histoire qui est sienne. On parle de musique, pas de politique. En tout cas, moi, je fais toujours la distinction”, assure Nanè, avant d’être entraînée en coulisses par son manager.

Ca n’est pas le cas de tous. “La victoire de Jamala est très importante pour les Ukrainiens. Pas seulement parce qu’elle nous a fait gagner l’Eurovision, c’est aussi pour sa chanson, explique Helen Mishyna, membre de l’organisation du concours. Elle parle d’une histoire personnelle, son arrière-grand-mère a vécu la déportation, mais nous partageons tous ses sentiments. L’histoire de 1944 se répète aujourd’hui, et l’on se sent tous concernés.

Crédit: Amandine Rouve

Pour retransmettre la soirée, deux chaînes sont mobilisées : la télé publique ukrainienne, NTU, et la chaîne privée STB. Sur scène, le présentateur-phare Serhiy Prytula orchestre l’événement. Dans le public, les drapeaux de l’Eurovision flottent, le jury est acclamé à son arrivée sur scène– particulièrement Jamala, parée d’une longue robe dorée –et les huit groupes en lice se succèdent. Le tout dans une salle baignée de lumières bleues et jaunes, les couleurs de l’Ukraine.

Les Ukrainiens ne sont pas les seuls à soumettre le choix des candidats au vote populaire, mais ils sont unanimes sur le rôle que joue l’Eurovision dans l’intégration du pays en Europe. «La France est l’un des grands pays européens, elle n’a pas d’intérêt particulier à gagner le concours. Mais pour nous, l’Eurovision est un moyen de s’intégrer, explique Diana Svirena, une spectatrice venue assister aux demi-finales. Ca nous pousse à devenir meilleurs, on veut montrer à quel point la culture ukrainienne est belle.» Le conflit russo-ukrainien aurait-il donné une importance nouvelle à cette compétition ? «Bien sûr!» répondent en chœur Diana et son ami Danie.

A la sortie de la salle, une équipe de tournage de la STB  nous accoste. Le fait qu’un média français assiste à l’événement compte aux yeux de la chaine. Nous repartons sous les regards des spectateurs, enthousiastes à l’idée que l’Europe est, elle aussi, tournée vers l’Ukraine. « Pendant une semaine, on sera le centre de l’Europe », espère Helen, l’air rieur.

Verdict de la soirée, ce sont les chanteurs Tayanna et Salto Nazad qui accèdent à la finale. La première pour sa ballade romantique I Love you, le second pour son air reggae O Mamo !, chanté en ukrainien. Il reste encore deux rounds avant la finale nationale, le 25 février, qui investira le candidat du pays hôte.  Les Ukrainiens sont déjà mobilisés dans la compétition.

 

A voir aussi, les chansons des deux finalistes: