L’un des visages de la révolution orange, Ioulia Timochenko, est moins visible depuis sa défaite à l’élection présidentielle de 2014. Mais l’ancienne Première ministre est encore une figure importante de la vie politique ukrainienne et espère toujours arriver au sommet du pouvoir.

Ioulia Timochenko au Parlement Européen en 2007. Crédit photo : Flickr – CC

Elle a un visage d’ange et une chevelure blonde tressée. Ioulia Timochenko est devenue célèbre dans le monde entier lorsqu’en 2004, elle a porté au pouvoir les forces pro-européennes dans son pays. Depuis, elle s’est présentée deux fois à l’élection présidentielle qu’elle a perdue en 2011 et 2014. Animée par une ambition sans limite, elle tentera probablement d’accéder une nouvelle fois à la tête de son pays en 2019, lors de la prochaine campagne pour accéder au sommet de l’Etat. Mais pour Dimitro Krapyvenko, rédacteur en chef du magazine The Ukrainian Week, ce ne sera pas si facile. Il explique que le chemin est semé d’embûches: «La révolution orange avait pour objectif de faire émerger de nouvelles personnalités politiques. Or, Ioulia Timochenko est présente au sein du gouvernement depuis 1999. Les gens voudront voir d’autres visages en 2019.» Difficile, donc, de faire le coup de la nouveauté, vingt ans après son accession au gouvernement.

Son programme reste aussi à préciser. L’ancienne Première ministre souhaite en effet baisser le prix du gaz, de l’électricité et des produits de première nécessité. C’est d’ailleurs avec cette mesure, et le discours populiste qui l’accompagne, qu’elle arrive à séduire une grande partie de l’électorat ukrainien. Mais elle reste mystérieuse quant à la solution pour pallier les pertes économiques que risque de provoquer cette mesure.

Son passé judiciaire peut aussi lui causer du tort dans l’opinion. Elle a été condamnée à la prison en 2001, officiellement pour contrebande de gaz et falsification de documents. Mais elle a été blanchie au bout de quarante-deux jours. En 2011, elle a également été condamnée à sept ans de prison pour avoir signé un accord gazier avec la Russie, préjudiciable à l’Ukraine. Un procès qu’elle avait dénoncé comme «une revanche politique», tout comme quand en 2012 elle est soupçonnée de complicité dans le meurtre commandité d’un député. L’élue rejette toutes accusations et dénonce une volonté du pouvoir de l’écarter de la scène politique.

Un parti politique populaire

Mais malgré une image parfois fois écorchée, Ioulia Timochenko reste bien présente dans la vie politique ukrainienne: «Elle dirige l’un des partis politique les plus populaires d’Ukraine», indique Dimitro Krapyvenko. L’ex-leader de la révolution orange est à la tête du Batkivchtchina («la Patrie») , qu’elle a elle-même fondé en 1999. Selon l’Ibi Rating Agency, Ioulia Timochenko bénéficiait en 2016 de 17,7% d’opinions favorables. «C’est beaucoup car ici en Ukraine il y a des centaines de partis politiques, dont cinq influents», explique Ana Korbut, rédactrice en chef adjointe.

Par ailleurs, elle se distingue aussi par une grande souplesse politique. Son mouvement est conservateur, démocrate et pro-européen. «Il est difficile de définir idéologiquement Ioulia Timochenko parce qu’elle est prête à travailler avec toutes les franges politiques. Elle n’a pas une opinion arrêtée», indique le rédacteur en chef.

Une figure politique inusable

«Durant toute sa carrière politique, Ioulia Timochenko s’est forgé l’image d’une femme forte qui ne recule devant aucun obstacle», affirme Dimitro Krapyvenko. «Elle a toujours été prête à aller au bout de ses idées». S’il y a un élément qui distingue l’ancienne Première ministre, c’est sa ténacité. La femme d’affaires qui a fait fortune dans l’industrie du gaz se lance en politique dès 1996. Dans la foulée, en 1999, elle devient ministre de l’énergie. Depuis, elle n’a pas quitté la scène politique, ni après des défaites électorales, ni à la suite d’affaires judiciaires. «Peu importe où je serai, je lutterai», avait-elle déclaré publiquement après avoir été limogée du poste de Première ministre. Une force qui lui a permis de s’imposer comme un adversaire redoutable dans les batailles politiques très largement masculines.

Mais son amour pour le pouvoir peut parfois la pousser à se comporter de manière autoritaire et peu démocratique : «C’est une femme très ambitieuse qui ne veut partager le pouvoir avec personne. Ni au sein du gouvernement, ni avec les partis politiques ni dans le pays en général», indique Dimitro Krapyvenko. L’une des raisons, selon lui, pour laquelles elle a été vaincue à deux élections présidentielles. Mais Timochenko s’accroche et sa persévérance la poussera certainement à se présenter aux élections de 2019. Les sondages lui donnent raisons d’y croire: dans les intentions de vote, elle est au coude à coude avec l’actuel Président Petro Porochenko.