Depuis quelques années le football ukrainien a perdu de sa superbe. Oubliée l’époque où plusieurs clubs du championnat obtenaient de vraies performances lors des coupes continentales. Seul le Shakhtar Donetsk semble continuer à vivoter sur la scène européenne. 

Le football ukrainien a cette singularité de dépendre en très grande partie des oligarques propriétaires de clubs. Des noms qui en France ne parlent à personne, mais qui ont en Ukraine une signification bien différente. Igor et Gregory Surkis, Igor Kolomoïsky, Rinat Akhmetov, ou encore Serhiy Kurchenko. Tous ces hommes d’affaires ont entre leurs mains le destin des clubs les plus importants du pays, voire même le destin du football national.

Avant la guerre, l’argent coulait à flot pour les oligarques“, raconte Kostyantyn Andriyuk, journaliste sportif pour 1+1 media. “Cet argent, a certainement permis à l’Ukraine d’attirer certains joueurs réputé, mais il n’a certainement pas gagné en transparence, c’est même plutôt le contraire“, ajoute le spécialiste. Le football ukrainien, et notamment son instance arbitrale, ont fait l’objet de nombreuses accusations de corruption. Et maintenant que la guerre sévit, l’argent fond comme neige au soleil. “Le problème c’est que jamais le football n’a été considéré comme un moyen de gagner de l’argent. Simplement comme un jouet.” Et les clubs en pâtissent aujourd’hui.

L’un des exemple les plus frappant est celui du Metalist Kharkiv. Ce club était l’un des plus importants du championnat, régulièrement présent en ligue Europa. Mais son jeune président, Serhiy Kurchenko, 32 ans, un riche homme d’affaires proche du Kremlin, a vu tout son empire s’effondrer. Pire encore, alors qu’il sentait la pression s’accentuer, il a tout simplement mis les voiles et n’a plus donner signe de vie depuis le mois de mars 2014. Laissant son club sans aucune ressource, l’équipe a été rétrogradée au niveau amateur.

“Des intérêts intimement liés à la Russie”

Les autres oligarques ont des positions tout aussi ambigües. Selon le journaliste, il y a un étrange silence auquel se livrent les oligarques ukrainiens, qui “vient notamment du fait que nombre d’entres eux possèdent des intérêts liés à la Russie“. La plupart des oligarques ukrainiens sont impliqués dans le football mais aussi dans le business et la politique. L’exemple le plus probant est certainement Rinat Akhmetov. Ce riche homme d’affaires, élu de l’opposition, est la seconde fortune du pays.

Il a bâtit son empire dans l’industrie, le charbon et la métallurgie. Mais tout cet empire repose sur la région du Donbass, très durement frappée par la guerre. Depuis le début du conflit, l’oligarque n’a jamais officiellement pris position. Il a toujours revendiqué une position neutre, soutenant la population, transformant notamment l’étincelante Donbass Arena -où son équipe ne pose plus pied- en centre humanitaire où sont distribués vivres et médicaments. Beaucoup ont dénoncé l’absence de transparence.

D’un autre côté, le club de la capitale, le mythique Dynamo Kiev, est entre les mains de la famille Surkis depuis près de trente ans. Le frère ainé, Grégory a d’abord été président du club avant de laisser la main à son petit frère Igor. Il a ensuite rejoint la tête de la fédération nationale avant d’être nommé au poste de vice-président de l’UEFA.

Un exode à venir au Dynamo Kiev

Si le club de la capitale jouit lui d’un important capital notoriété à travers l’Europe du football, il n’en reste pas moins ultra dépendant de la bonne volonté de son propriétaire. Avec la récente nationalisation de la PrivatBank de l’autre oligarque Igor Kolomoïsky (2ème fortune du pays, et propriétaire du FK Dnipro), le patron du Dynamo Kiev semble avoir touché de plein fouet. “Il aurait perdu près de 300 millions de dollars dans l’opération“, selon Kostyantyn Andriyuk. “Dès le prochain mercato nous devrions voir les meilleurs joueurs partir, et le club aurait déjà annoncé sa volonté de réduire son budget pour les saisons à venir”, complète-t-il.

Face à tout cela, le club du Karpaty Lviv fait office d’ovni. “Le Karpaty est le seul club du pays dont le budget ne repose pas uniquement sur l’argent injecté par le propriétaire“, détaille Taras Hordyienko, un officiel du club. “Les meilleurs années, 50% du budget provient des ressources du club. A savoir les ventes de maillots, la vente de places, ou le sponsoring”, ajoute-t-il. Une affirmation corroborée par Kostyantyn Andriyuk: “Lorsque l’on regarde les maillots des équipes du championnat, il n’y a parfois aucun sponsor! La seule équipe qui mise sur un diversification des revenus c’est le Karpaty”. 

Une chose est certaine: le football ukrainien dépend de l’attitude de ses oligarques. Et bon nombre de supporters souhaitent voir disparaitre cette oligarchie du monde du football. C’est d’ailleurs l’avis des ultras du Dynamo Kiev comme Taras Kuzmenko, “Quitte à passer quelques difficiles années, cela pourrait permettre de repartir sur des bases saines et permettre à de jeunes joueurs locaux d’émerger“. Et, avec ce vent de nouveauté, pourquoi pas revoir l’équipe nationale du légendaire Andreï Chevtchenko venir jouer le rôle qui était le sien sur la scène continentale il y a de ça quelques années.