Andriy Kokotukha est l’un des auteurs les plus lus. Son nouveau roman, Zone d’anomalie, raconte l’histoire de Tamara, une jeune femme irrésistiblement attirée par un village du nord de l’Ukraine évacué après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, où l’attache l’histoire de sa famille. Rencontre.

Crédit: Amandine Rouve

C’est la première fois que vous faites de Tchernobyl le paysage d’une de vos enquêtes policières. Pourquoi ce choix ?

C’est un lieu qui concentre beaucoup de mythes. Pour des lecteurs français, comprendre ce pas vers les croyances et la mythologie peut rappeler les écrits de Boileau. Il y a aussi des choses inspirées de Fred Vargas. Ce sont des auteurs qui utilisent la mythologie pour parler de sujets plus sociaux. Pour l’Ukraine, Tchernobyl est comme un nouveau mythe. C’est devenu le paysage d’un film d’horreur parce que personne ne sait exactement ce qu’il s’est passé. On peut tout imaginer. Ces mythes et légendes sont devenus comme une arme pour les protagonistes du roman : ils les utilisent pour se protéger.

Que signifie pour vous l’atmosphère de Tchernobyl?

Avant d’être écrivain, je suis d’abord journaliste. Quand la catastrophe a eu lieu, j’avais 16 ans alors je m’en rappelle très bien. Par la suite, j’ai eu l’occasion de m’approcher de la zone. Tchernobyl est un outil universel qui permet aux gens d’expliquer leurs problèmes, leurs maladies et leurs peurs. En Ukraine, c’est comme une guerre qui aurait été gelée. J’ai essayé de montrer cette atmosphère de conflit à travers ce roman, je l’envisage comme une expérience cinématographique. Je veux que ceux qui le lisent s’imaginent un film dans leur tête. Cela pourrait ressembler à un film façon Hitchcock. Chez lui, la tension vient de l’atmosphère, plus que du scénario et de ce qui se passe. C’est vraiment ce qu’on appelle le suspense. Et Tchernobyl correspond tout à fait à cette atmosphère.

A quoi renvoie selon vous Tchernobyl pour les non-Ukrainiens ?

En Europe de l’ouest, la symbolique de Tchernobyl est peut-être encore plus forte que pour les Ukrainiens. C’est un lieu qui accueille des bus de touristes. Je voudrais vraiment que les étrangers comprennent tout ce qu’il y a autour de Tchernobyl pour s’intéresser à l’Ukraine, pour aller plus loin. Cela peut constituer une porte d’entrée sur la situation de l’Ukraine.

C’est aussi un livre qui parle de la situation de l’Ukraine et de la corruption.

Les protagonistes de mon livre font la course avec un monstre qui s’appelle la corruption. Ils savent que ce monstre ne joue pas dans les règles. Alors ils bluffent, grâce aux mythes générés par Tchernobyl.