Le programme spatial ukrainien a beaucoup souffert de la guerre. A quelques jours de son vingt-cinquième anniversaire, l’agence n’a qu’un seul mot d’ordre: s’affirmer comme une puissance indépendante au rayonnement international.

Décollage de la fusée américaine Antares sur laquelle participe l’agence spatiale ukrainienne. Crédit : Agence Spatiale Ukrainienne

Nous devons toujours être en quête d’amélioration, et définir de nouveaux objectifs.” Pour Eduard Kuznetsov, ancien directeur adjoint et conseiller de l’agence spatiale ukrainienne, son pays doit continuer à s’investir dans la conquête spatiale. Et ceux, malgré les conflits et les difficultés auxquels il doit faire face. “Depuis la création de l’agence en 1992, nous avons toujours cherché à affirmer la spécificité de notre savoir faire”, se félicite-t-il.

Mais la réalité géopolitique de l’Ukraine oblige l’agence à s’adapter. Lybid, le premier satellite de télécommunications Ukrainien était censé être lancé courant 2014 depuis la station russe de Baïkonour. Le conflit avec la Russie a obligé l’Ukraine a interrompre le programme et le satellite prend désormais la poussière dans un entrepôt au sud de la Russie. “Nous n’avons pas le budget pour le récupérer. Mais nous avons espoir que les canadiens, investisseurs majoritaires de Lybid, pourront trouver une solution avant la fin de l’année“, explique le spécialiste avec optimisme.

L’annexion de la Crimée a lourdement affaibli le dispositif. C’est là-bas, à Sébastopol,  que se trouvent les stations de contrôle les plus avancées. Un joyau perdu pour l’Ukraine. “Nous avions communiqué une liste du matériel dont nous avions le plus cruellement besoin à nos homologues russes, mais nous n’avons jamais obtenu de réponse…”, se désole Eduard Kuznetsov. “Il est d’ailleurs impossible de récupérer une grande partie du matériel sur place, qui est trop volumineux”. Mais l’Ukraine ne souhaite visiblement pas baisser les bras de la conquête spatiale. “Nous avons donc construit un nouveau centre de commandes ici, en périphérie de Kiev“, poursuit le conseiller de l’agence spatiale ukrainienne.

La collaboration internationale comme seule issue

Maintenant que le conflit a baissé en intensité, l’Ukraine affiche de grandes ambitions pour l’avenir et se rapproche toujours plus de ses partenaires occidentaux. Très fier, Eduard Kuznetsov présente sa brochure des projets internationaux, traduite en anglais: “nous travaillons avec la NASA et l’Agence Spatiale Européenne pour leur fournir des lanceurs“, peut-on y lire. Construits et développés à l’usine de Dnipropetrovsk, ils sont le fer de lance de l’arsenal spatial ukrainien. “Boeing est très investi dans le succès de la mission SeaLaunch, un programme de lancement depuis la mer sur lequel nous travaillons avec la NASA“, s’enorgueillit le conseiller.

En plus de cette association avec les Etats-Unis, ils participent également à la conception de la partie haute des fusées Vega, un projet piloté depuis 1998 par l’Agence Spatiale Européenne et dont le prochain lancement est prévu début mars, depuis la base de Kourou en Guyane française.

Lancement de la 8eme fusée VEGA, à Kourou

Grâce à ces multiples collaborations, l’agence rapporte à l’Etat plus de 300 millions de dollars chaque année. Et le budget qu’elle reçoit est nettement inférieur à ses bénéfices. “Nous payons plus que nous recevons“, regrette Eduard Kuznetsov, “l‘effort de guerre nous a forcé à geler certains de nos projets“.

Pousser les jeunes vers les étoiles

Plus à l’est, à Dnipropetrovsk, l’industrie parait plus dynamique que jamais. Là-bas, start-ups et jeunes concepteurs se pressent pour proposer de nouvelles idées pour moderniser cette industrie héritée de l’ère soviétique. En 2016, le pays a participé au NASA Space APPS Challenge, un projet d’application pour mobile innovantes ayant pour objectif d’impliquer le citoyen dans la recherche spatiale.

Il est primordial de rajeunir notre équipe de recherche, souligne le spécialiste, nous avons d’ailleurs nombreux programmes de travail dans les écoles primaires“. Le pays est notamment partenaire du 4-H, un programme américain de d’implications des jeunes enfants. Eduard Kuznetsov a espoir que cette nouvelle dynamique fera surgir de nouveaux génies de l’aérospatiale: “nous trouverons peut être notre propre Ellon Musk“, le patron de Space X, l’agence américaine privée qui part à la conquête de Mars.

L’agence reçoit régulièrement des écoliers pour partager la passion de l’espace. Crédit : Agence Spatiale Ukrainienne

Fort de ces collaborations, le conseiller se prend à viser la lune. “Nous avons des projets ambitieux pour l’avenir. Si la situation se stabilise dans le pays, nous pourrions envoyer notre propre robot sur le sol lunaire d’ici 2025“, rêve-t-il, le sourire aux lèvres.