Cela ne se sait pas forcément mais l’Ukraine est le premier pays producteur de miel en Europe. C’est également le deuxième pays exportateur de miel vers l’Union Européenne, derrière la Chine. Cependant, tous les apiculteurs ne profitent pas de cette lune de miel avec l’Union Europénne.

Quelques ruchers de l’un des apiculteurs soutenus par la “Fraternité des Apiculteurs Ukrainiens”. Crédit: “Fraternité des Apiculteurs Ukrainiens”

L’Union Européenne, premier consommateur de miel au monde, se fournit largement en Ukraine. Au total, les exportations de miel rapportent 97 millions de dollars au pays. L’Allemagne est le premier client, devant la Pologne.

Pourtant, ça n’a pas toujours été le cas. Autrefois, le plus gros amateur de miel ukrainien était la Russie. Mais depuis la révolution de 2013, l’Ukraine n’exporte plus vers son grand voisin. Les exportations de miel ukrainien vers la Russie sont passées de 3423 tonnes en 2011 à… zéro en 2015 ! Au profit de l’Allemagne et la Pologne, nouveaux premiers clients européens pour le Grenier de l’Europe, qui est donc aussi sa ruche.

Pourquoi ce miel est-il aussi attractif ? A cause de son prix, explique Tetyana Vasylkivska, dirigeante de l’association “Fraternité des Apiculteurs Ukrainiens”, qui rassemble les producteurs: « Nous on vend le miel en gros à environ 2 euros le kilo ! Parfois c’est même moins cher que ça ! Ce sont des prix extrêmement bas. Trop bas pour que nos apiculteurs puissent atteindre un seuil de rentabilité. » En France, le prix de gros du miel au kilo est de 6 à 10 euros.

Elle détaille: « En 2013, nous exportions 21 700 tonnes de miel qui représentaient un gain de 53 millions de dollars environ. Aujourd’hui, on exporte trois fois plus, 57 OOO tonnes ! Pourtant, nos gains, eux, n’ont été multipliés que par 2,5 », souligne-t-elle en fronçant les sourcils.

Ces prix bas sont imposés par les exportateurs ukrainiens. Ils sont une soixantaine et ils ont le monopole de la vente vers l’étranger. Ils imposent cette baisse des prix aux producteurs pour maximiser leurs profits, en exportant ainsi de plus gros volumes. Mais c’est au détriment des petits producteurs..

Pour Tetyana, c’est le serpent qui se mord la queue. Elle souhaiterait que la loi permette aux apiculteurs d’exporter directement, sans passer par les sociétés d’exportation : « Ce sont elles qui se font de l’argent sur le miel qu’elles revendent au monde entier! », souligne-t-elle.

Pour Tetyana, le marché ukrainien est inéquitable. Les producteurs gagnent mal leur vie. Et cela les empêche d’investir pour se mettre aux normes européennes : « Aujourd’hui, on adopte des textes pour se mettre en conformité avec l’Union Européenne. Mais l’argent pour la mise en œuvre reste au sommet, pour la traduction, pour les consultations. Il n’arrive jamais sur le terrain », se désespère-t-elle.

Un marché florissant, au détriment des petits apiculteurs

Lorsque Tetyana parle de la production apicole en Ukraine, la quinquagénaire fait de grands gestes, parle fort, emportée par sa passion pour le sujet. Depuis 12 ans, elle soutient les petits apiculteurs locaux.

On compte environ 400 000 apiculteurs en Ukraine. « Seulement 30% sont des gros producteurs, qui comptent plus de 200 ruches » explique Tetyana. « Beaucoup d’apiculteurs produisent au noir, sans s’enregistrer auprès de l’Etat parce qu’ils ont peur des impôts. »

Nicolas Perrin, conseiller agricole à l’Ambassade de France, tente d’aider les apiculteurs de la région de Lviv a obtenir un label de qualité. « Les producteurs de miel des Carpates subissent la concurrence de produits d’autres régions, notamment du sud du pays, moins chers » explique le Français. « Notre projet a vocation à aider des petits producteurs. Ils doivent s’organiser pour maîtriser leurs ventes et gagner plus grâce à ce label. »