Aux Jeux paralympiques de Rio, l’équipe d’Ukraine a terminé troisième au tableau des médailles. Très performante en natation, elle nourrit les ambitions. Rencontre avec de jeunes sportifs plein d’espoir, dans une piscine qui les accueille au centre de Kiev.

Crédit: Amandine Rouve

Sous la bulle de plastique blanc qui forme le toit de la piscine, les éclats de voix et le son des sifflets résonnent. Partout, les nageurs s’activent ou discutent nonchalamment. Au bout du bassin, dans une ligne à part, l’ambiance est beaucoup plus studieuse. Sous le regard bienveillant de trois entraîneuses, des garçons et des filles de tous âges enchaînent les longueurs.

Ils viennent s’entraîner ici plusieurs fois par semaine, pour un cours un peu spécial. Tous ont un point commun: le handicap. Nés avec un membre atrophié, une maladie rare ou une paralysie partielle, ces enfants ont choisi de ne pas subir et faire du sport, comme les autres.
Rostislav est polyhandicapé. “J’ai commencé juste comme ça, parce que j’arrivais à me mettre dans une piscine sans couler, explique-t-il dans un éclat de rire. Mes entraîneurs ont vu comment ça se passait, et ils m’ont dit qu’il était possible que je fasse une carrière sportive“. Pour devenir champion, il le sait, il faudra beaucoup travailler, mais il a déjà gagné de nombreuses compétitions.

Anton, un petit blond au visage angélique, nage depuis quatre ans. Ses épaules larges semblent compenser l’absence de son avant-bras droit, non développé à la naissance. A huit ans, il court 1,5 kilomètre par jour et nage trois fois par semaine, une discipline qui trahit déjà son ambition. “Je veux être nageur professionnel“, déclare-t-il solennellement, les yeux brillants.

Au total, une quarantaine d’enfants s’entraînent ici. Parmi eux, une majorité se projettent déjà des années plus loin, l’or paralympique autour du cou. A Rio, l’Ukraine s’est hissée sur la troisième marche du podium au classement général des Jeux paralympiques, avec 117 médailles, donc 41 en or.

En natation, la moisson est particulièrement impressionnante, avec 67 médailles au total. “Les enfants que nous avons ici regardent leur ainés. Ils sont leurs premiers supporters. Leur succès leur permet de comprendre qu’en faisant de leur mieux, ils peuvent faire de grandes choses”, commente la coach du groupe.

Mariia et Alisa participaient aux Jeux Paralympiques de Rio en 2016. Crédit: Amandine Rouve

Dans la salle de musculation qui jouxte le bassin de ce grand complexe sportif, deux membres de l’équipe paralympique d’Ukraine attendent leur tour. Après le cours des plus jeunes, elles fendront l’eau pour leur entrainement quotidien. Mariia Lafina, 23 ans, est médaillée d’argent aux jeux de Rio. Elle qui avait commencé à fréquenter les bassins par défi nage désormais 5 kilomètres par jour. “Ce que j’aime dans la natation, c’est que je me sens très libre”, explique-t-elle, assise dans son fauteuil roulant.

Alisa Kolpachky, elle, a 20 ans. Elle aussi est allée au Brésil, et en est rentrée avec une sixième place en triathlon. Toutes les deux sont amies, elles entraînent ensemble depuis sept ans.

Lorsqu’elles entrent dans l’eau,  quelques enfants occupent encore la ligne. Les deux championnes se mêlent à eux et s’échauffent sous leurs yeux admiratifs. Chacune d’entre elle porte un bonnet noir, orné d’un drapeau ukrainien, auquel certains continuent pour le moment de rêver en silence.