Aux portes de Kiev, des milliers d’Ukrainiens se pressent pour visiter Mejgorié, l’ancienne maison du président Viktor Ianoukovitch. Tout ici est un étalage de richesse, symbole d’un gouvernement corrompu, renversé par les révolutionnaires du Maïdan qui, aujourd’hui, gardent cette maison transformée en musée.

Avant même de passer la porte, le mépris est palpable. Ce n’est pas un musée à la gloire d’un homme, c’est un lieu déserté par son propriétaire haï par son peuple. Derrière une fenêtre, Viktor Ianoukovitch nous regarde à travers un masque de cire, mannequin de plastique à la merci des activistes qui ont pris possession de sa demeure, et des curieux qui viennent la visiter. A côté de lui, dans une petite boîte, un pain en or. Une allusion à l’une des nombreuses rumeurs qui ont accompagné une élite mystérieuse récemment tombée.

Nous passons les lourdes portes parées de rideaux de velours pour arriver dans une salle de bowling. Que peut faire homme seul d’une salle de bowling? Ou encore d’un ring de boxe et d’un court de tennis? C’est là que le président prenait du bon temps quand il n’était pas occupé à diriger le pays d’une main de fer.

Tables et lustres en cristal, sol en marbre, pots de fleur en nacre et en peau de serpent, écrans géants, meubles en bois précieux…  Chaque pièce est une preuve du faste démesuré de la maison d’un homme qui a détourné l’argent de son pays pendant des années. Le chant de dizaines d’oiseaux se répercute entre les murs, ceux de la maîtresse de Ianoukovitch, Lioube Polijaie, qui les adoraient et les gardaient dans sa chambre à coucher. Car il ne vivait pas ici avec sa femme, restée à Donetsk.

Il y a une collection de voiture anciennes, un centre de repos et de santé avec un solarium, un centre de soin cryogénique, un sauna, plusieurs tables de massages, une salle de cinéma avec fauteuils massant”, énumère Louba Ievminitz avec colère. Cette petite Ukrainienne d’une cinquantaine d’année se charge de conduire les visiteurs aux portes de Mejgorié, depuis la station de métro la plus proche, à une dizaine de kilomètres.

Louba Ievminitz, activiste ukrainienne pendant une visite de Mejgorié. (Crédit: Alexis Perché)

La route par laquelle on passe est celle qu’utilisait l’ancien président. A l’époque, seuls lui et ses acolytes oligarques l’empruntaient. Ils passaient d’abord une palissade de plus de 10 mètres de haut censée dissimuler la démesure de la demeure des yeux du peuple. Puis de grandes portes forgées ornées de feuilles d’or s’ouvraient sur un terrain de plus de 150 hectares où les puissants flânaient, se promenant autour du lac ou parmi les animaux exotiques du zoo privé du président. Secrète, très protégée, la demeure a été construite à grands frais, sur un terrain privatisé illégalement, grâce à des fonds dont l’origine venait de la corruption du régime.

Ici ont été disposées des toiles représentant Ianoukovitch et des membres de son cercle de privilégiés. Toutes ont été lacérées, percées, symboliquement assassinées. Ianoukovitch observe impuissant, la gorge tranchée et un trou dans le crâne, ce qui fut autrefois le fief de son pouvoir.

 

Portraits de Viktor Ianoukovitch et de Viktor Pchonka lacérés par les révolutionnaires. (Crédit: Alexis Perché)