Dans les rues de Kiev comme des autres villes ukrainienne, des chiens errent sans collier. Leurs pires ennemis : le froid et les chasseurs de chiens, qui les empoisonnent ou les abattent au fusil. Quelques activistes se mobilisent.

Aux abords du métro Hydropark. Crédit: Victor Bergeon

Nous invitons tout le monde à tuer les chiens de rue avant le début de l’Eurovision. N’ayez pas peur, les autorités ferment les yeux.” Sur leur site internet, les chasseurs de chiens recrutent. Leur but : exterminer un maximum de ces animaux errants avant mai, date de l’événement musical européen et de l’arrivée de touristes à Kiev.

Les militants anti-chiens revendiquent leurs actions sur les réseaux sociaux où ils affichent sans crainte leur identité. Pourtant, en Ukraine il est interdit de tuer des chiens depuis 2006. Mais la répression est inexistante. “Le pays est en guerre, le gouvernement a autre chose à faire que de punir ce genre de crime”, regrette Tamara Tarnawska, présidente de la SPA-SOS pour les droits des animaux à Kiev. “On a tout fait pour faire fermer le site internet des chasseurs, mais la police ne nous écoute pas”, ajoute-t-elle.

Les milices anti-chiens prétendent protéger la population des attaques des animaux de rue. “Certains sont dangereux, c’est vrai, mais ces pratiques barbares ne règlent pas le problème, s’insurge Tamara. Il y a des chiens errants, parce que leurs propriétaires les abandonnent. Ces gens-là devraient être punis, pas leur animal!

Le gouvernement inactif

Dans son refuge de Pirogova, Tamara accueille un millier d’animaux trouvés dans la rue. En janvier, des criminels y ont abattu 5 chiens et en ont empoisonnés 22. Et les policiers n’ont rien fait. “Ils nous ont juste proposé d’employer des gardes à 3000 euros par mois. Comme si ce n’était pas leur travail.” Tamara est excédée. “Le budget des communes pour la protection des animaux est détourné par des politiciens corrompus, accuse-t-elle. Nous devons financer nous-mêmes notre protection, en plus du sauvetage de tous les chiens de rue du pays.

Elle aussi activiste pour la cause animale, Mariana Stupak dépeint la catastrophe ukrainienne en matière de droit des animaux. “A Kiev, il n’y a qu’un seul refuge public pour les animaux abandonnés. Et tant mieux car dans les refuges gérés par le gouvernement, les chiens errants sont souvent tués au bout de quelques jours car les stériliser coûte trop cher.

Alla Yermazuu et le chien Hametiok. Crédit: Claire-Marie Germain.

Seule issue pour ces animaux : les refuges privés, comme celui d’Alla Yermaluk, en banlieue de Kiev. “Ne dites pas l’endroit exact car des voyous ont déjà essayé d’y mettre le feu”, explique cette femme forte a la peau rougie par le froid. Ses chiens aboient à son passage. Elle les rappelle à l’ordre, chacun par son nom. “Je les aime, même s’ils sont parfois agressifs” soupire-t-elle en montrant les cicatrices de morsures sur ses mains et ses poignets. “C’est à cause des mauvais traitements qu’ils ont reçu.

Les cinquante animaux du domaine ont chacun leur histoire. “Ce sont les gens qui me les amènent, ils les trouvent dans les rues, certains presque morts de froid. Je les fais stériliser, puis je les rééduque, ce qui prend parfois du temps, car beaucoup sont traumatisés. Ensuite, je les propose à l’adoption.

Alla finance seule son projet, un puits sans fond pour ses économies. Ce qui la motive? “La haine de voir ce que les gens font à des animaux sans défense.” Cela fait maintenant huit ans qu’elle a fondé ce refuge. “Avec la crise économique, les abandons de chiens se sont multiplié. On m’amène plein d’animaux de race, des huskys, des bulldogs, des bergers allemands … “