L’ONG Station Kharkiv aide depuis fin 2014 les déplacés internes ukrainiens. En plus de leur fournir des vêtements et de l’aide juridique, l’ONG donne également des cours pour les enfants et a ouvert une cellule de soutien psychologique.

Dans un petit couloir sombre, deux femmes regardent des vêtements pour enfant dans de vieux cartons posés sur une antique table basse. De part et d’autre de la minuscule pièce, des manteaux chauds pour adultes. Ivashenko Ludmila vient de Donetsk. Elle montre son manteau rouge et son sac à main à paillettes: “Je les ai eus ici, il y a quelques mois.” Une volontaire de Station Kharkiv, une ONG installée dans une maison située entre la gare et le centre-ville de Kharkiv, apporte deux autres cartons de la réserve remplie de vêtements et de chaussures de toutes tailles.

Station Kharkiv a été créée à l’automne 2014 par d’anciens volontaires de la Croix Rouge, quelques mois à peine après le début du conflit à l’est. À l’origine basée à la gare de Kharkiv, Station Kharkiv n’est pas forcément un endroit où les déplacés internes ne font que passer, comme le nom pourrait le laisser imaginer. Les enfants ont une grande place au sein de la maison: “Des cours de mathématiques, d’anglais et du soutien scolaire sont proposés”, précise Hélène Vinnik, la responsable de l’ONG qui travaille également dans une banque ukrainienne. “Il faut bien que je gagne de l’argent”, sourit-elle. Dans la salle de classe où les étagères sont encombrés de livres et de jouets éducatifs, dix enfants, entre 4 et 5 ans et demi, écoutent la professeure tout en se chamaillant discrètement. Après avoir observé un moment les enfants, Hélène Vinnik continue: “Nous aidons les enfants déplacés à rattraper les cours manqués à l’école alors qu’ils fuyaient la guerre.

Derrière la porte, les parents, assis, attendent patiemment la fin de la classe. Une mère d’élève tricote un bonnet tandis que d’autres échangent quelques mots, engoncés dans leurs vêtements d’hiver. Selon Anastasia Bezrodnova, une des cinq psychologues de Station Kharkiv, “pour eux, attendre les enfants, c’est un bon moyen de rencontrer des gens, puisqu’ils viennent tous de l’est.” Anastasia exerce depuis un an à Station Kharkiv, elle accueille ses patients dans un bureau situé à l’étage de la maison dont les murs sont couverts de dessins. Bien que les enfants aient aussi des traumatismes liés à la guerre, “ils ne font qu’absorber le mal-être de leurs parents qui sont marqués beaucoup plus profondément. Ils pensent sans cesse à leurs proches restés là-bas”, poursuit la jeune femme.

Un avenir incertain

Andrei Tarasenko et ses collègues juristes pianotent sur leurs ordinateurs, dans un petit bureau ouvert sur l’escalier. Depuis un an, ce jeune homme de 26 ans et ses collègues aident les déplacés à réunir les documents qui leur permettront d’obtenir le statut de déplacé et, ainsi, obtenir des aides de l’État. Malgré la fatigue qui se lit sur leurs visages, ils restent concentrés: “En 2014-2015, certaines personnes essaient d’obtenir fallacieusement des aides humanitaires en indiquant une adresse dans l’est pro-ukrainien alors qu’en réalité, ils vivaient dans des zones séparatistes”, explique tristement Andrei.

À l’instar des professeurs de Station Kharkiv, les avocats ne sont pas des volontaires. Ces derniers sont financés par une ONG ukrainienne. Cela étant, l’avenir de Station Kharkiv est incertain: jusqu’au 31 décembre dernier, le Haut commissariat aux réfugiés finançait le loyer de la maison. Depuis lors, les loyers ne sont pas honorés, faute de financements. Les autorités de Kharkiv offrent comme solution alternative une maison au toit pleins de trous et sans chauffage. Hélène Vinnik rit jaune: “Comment est-ce possible avec ce froid?” Dans quelques semaines, Station Kharkiv risque de se retrouver à la rue.