Il y a presque deux ans jour pour jour, la signature des accords de Minsk II devait mettre un terme à la confrontation entre l’Ukraine et la Russie. Aujourd’hui, la trêve a une nouvelle fois été rompue et les combats font rage à l’est. Mais à Kiev des Ukrainiens en appellent encore à la paix.

(Crédits : Richard Duclos)

 

Dans le froid et en silence, une trentaine de personnes se tiennent sur Maïdan, la place centrale de Kiev. Autour de leur cou ou de leur poignet, un ruban rouge, qu’ils ont choisi comme symbole de paix. Leur rassemblement a bien peu de chance d’avoir une influence sur la guerre en cours, et ils le savent, mais l’important pour eux n’est pas là: “on ne peut pas ne rien faire, on ne peut pas rester chez nous, explique Tamila Tasheva, présidente de l’ONG à l’origine de la manifestation, Crimea SOS. Nous sommes ici pour exprimer notre solidarité avec les militaires et les civils qui sont sous les bombardements.”

Cette action a été décidée il y a quelques jours seulement, après que les affrontements, les plus violents depuis une trêve obtenue en décembre, ont repris dans l’est de l’Ukraine. Sur des pancartes, un message semblable à un cri de détresse, “Sauvez Avdiivka”: cette ville, où 20.000 habitants sont actuellement privés d’eau et de chauffage, se dirige vers une crise humanitaire d’ampleur.

Moscou reproche à Kiev de ne pas avoir respecté le cessez-le-feu, et d’avoir déclenché de nouvelles hostilités pour faire parler du conflit. Eugenia, manifestante de 27 ans, rejette en bloc ces accusations :

“A chaque fois que la trêve a été rompue, c’était à cause d’une provocation russe. De toute façon, tout a commencé avec l’invasion russe. Les Ukrainiens ne font que défendre leur territoire !” 

Elle reconnaît en revanche regretter le manque de médiatisation du conflit: “c‘est un peu une guerre oubliée. Le reste du monde n’y fait pas assez attention, et ne la comprend pas forcément. Certains pensent qu’il s’agit d’une guerre civile, mais c’est un conflit international, qui résulte d’une agression.”

“Bien sûr que la paix est possible”

Sur la place, le Monument à l’Indépendance domine les manifestants. Sur ses colonnes, des affiches représentent les visages de ceux qui sont tombés au front: des militaires de profession, mais aussi des civils engagés volontaires, comme Wassyl Slipak, un chanteur d’opéra tué en juin dernier.

Sur la pancarte, un bilan de la guerre : “2269 soldats ukrainiens ont été tués” (Crédits : Richard Duclos)

Au pied du monument, Igor Brodyan lance un appel à la paix. Une croix cousue sur son treillis, ce prêtre militaire, revenu de l’est il y a quelques mois, invite à grand renfort de citations bibliques à “ne juger personne”, car “cela n’aidera pas à régler la situation”: “on condamne les actions de la Russie, pas les Russes”, dit-il.

Les Russes, Andriy les exhorte tout de même à “rentrer chez eux tant qu’ils le peuvent encore”. Le jeune homme vient de Donetsk, une ville particulièrement touchée par la guerre, dans laquelle il a encore de nombreux proches. Malgré le regain de tensions, il refuse de perdre espoir, tout en restant lucide: “bien sûr que la paix est possible. C’est simplement une question de temps et d’efforts. Mais il y aura eu beaucoup de morts avant cela.” Depuis 2014, la guerre a déjà fait près de 10.000 victimes.