UA TV est une chaîne de télévision gouvernementale qui vient tout juste d’ouvrir une rédaction en anglais pour faire entendre la voix de l’Ukraine face à celle de la Russie. Encore toute petite, elle a déjà de grandes ambitions, notamment un partenariat avec la France.

Au sixième étage d’une tour austère, éloignée du centre de Kiev, dans les locaux de la télévision nationale, trois équipes travaillent au sein d’une vaste salle de rédaction. Ici on parle ukrainien, russe ou anglais. Il est 11h du matin, l’ambiance est détendue. Les journalistes s’interpellent, échangent quelques blagues.

On est au siège de UA TV, la nouvelle chaîne créée par l’Ukraine pour combattre la « propagande russe ». Le Kremlin défend sa vision du conflit qui l’oppose à l’Ukraine grâce à Russia Today, une puissante chaîne russe en anglais reçue dans le monde entier grâce au satellite et Internet. Ayant compris qu’il est également nécessaire de faire entendre ses arguments, l’Ukraine a entrepris de répliquer avec UA TV. Bien que toute petite, la chaîne va tenter de faire entendre la voix des Ukrainiens au monde entier.

Elle réalise pour l’instant deux journaux de 15 minutes par jour, diffusés eux aussi sur le satellite Hot Bird et Internet. Sur le même canal, passent des programmes en russe, ukrainien, tatar et arabe, également à destination d’une audience internationale.

Pour le moment, l’équipe est composée de six journalistes : une Canadienne, un Anglais, trois Américains et un Français. Une petite équipe quelquefois frustrée de sa dépendance vis-à-vis du travail des autres journalistes  : « Pour créer nos journaux, on regarde ce qui a été fait auparavant par les équipes russes et ukrainiennes. On choisit ensuite les informations qui nous intéressent, avant de les faire traduire et réécrire », explique Alexander Quéry, le journaliste français.

La salle de rédaction d’UA TV. Crédit photo : Valentine Leboeuf

La rédaction a diffusé son premier journal sur UA TV en janvier 2017. La chaîne est passée à deux journaux par jour un mois plus tard : l’un à 18h et l’autre à 22h. Le reste du temps, ce sont les journaux et les reportages ukrainiens et russes qui se superposent, pour alimenter la chaîne en continu. L’objectif est de passer à quatre heures d’actualité en anglais par jour, en faisant durer les journaux une demi-heure. Des recrutements sont en cours pour étoffer l’équipe et atteindre rapidement cet objectif.

Pour l’heure, la rédaction anglaise se concentre au fond de la salle. Elle semble bien intégrée. Pourtant, l’équipe est nouvelle : « Elle n’existe réellement que depuis décembre 2016, car nous avons mis longtemps à recruter », explique Peter Dickinson, le directeur de la rédaction anglaise.

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« Better Informed »

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Le gouvernement veut développer les chaînes publiques en Ukraine. L’idée est de concevoir une chaîne ukrainienne internationale comme en Allemagne avec Deutsche Welle, en Angleterre avec la BBC ou en France avec France24.

Le studio d’UATV avec Alexander Quéry et Alain Guillemoles pour une interview enregistrée. Crédit Photo : Valentine Leboeuf 

« La chaîne n’a pas été imaginée pour un public local », indique Peter Dickinson. « Les Ukrainiens ont déjà une multitude de chaînes. Ce que l’on veut c’est créer du contenu pour les téléspectateurs étrangers afin de mieux les informer sur un pays encore mal connu et victime de la désinformation ».

Better Informed (Mieux Informé) est d’ailleurs le slogan de la chaîne. L’idée est de contrer les fausses nouvelles et de donner une image plus juste du pays. « La chaîne est gouvernementale et renvoie donc une image plutôt positive de l’Ukraine. Mais sans tomber dans la propagande », certifie Alexander Quéry. « Le gouvernement ne nous impose rien, on est libre des sujets que l’on traite », complète Peter Dickinson. « La seule chose qu’on évite, c’est la politique interieure qui est trop complexe et pas forcément intéressante pour une audience vivant à l’étranger ». Il serait difficile d’expliquer cela à travers des formats courts qui sont imposés par la diffusion sur internet. Une grande partie de l’audience d’UA TV arrive en effet par la page Facebook où la chaîne diffuse ses vidéos de 2 ou 3 minutes.

A la conquête de la France

UA TV est déjà diffusée dans une partie de l’Europe, de l’Asie, aux Etats-Unis ou encore en Israël. Mais son but est d’être reçue dans le monde entier. Elle cible maintenant la France. Artem Bidenko, le ministre adjoint ukrainien de l’information, fait le point sur ce projet et sur le budget de la chaîne, dans un entretien exclusif qu’il a accordé aux Carnets d’Ukraine. Il évoque notamment ses espoirs d’arriver à un partenariat avec une chaîne française.