Roman Sytikov, 23 ans, combat au nom du groupe para-militaire Pravy sektor (secteur droit).  Le groupe ultra-nationaliste intervient sans statut légal aux côtés des forces gouvernementales ukrainiennes dans la guerre du Donbass. 

Crédits: Jeanne Bulant

La guerre m’a totalement changé. Je suis né ici et je compte bien défendre ma patrie” lance Roman Sytikov d’un ton ferme, l’air absent. Son treillis militaire ressemble à n’importe quel uniforme, et pourtant. Le jeune homme de 23 ans combat à l’arrière aux côtés de l’organisation ultra-nationaliste Pravy Sektor (Secteur Droit). Ce groupe d’extrême-droite est né en marge des manifestations de 2014, par  l’alliance de plusieurs groupes radicaux. Ses membres ont été très présents sur le Maïdan où ils affrontaient régulièrement les gardes mobiles. Puis quand la guerre a commencé, ils ont été parmi les premiers à prendre les armes et partir se battre dans le Donbass sans statut légal.

Depuis, certains de ses membres ont été intégré à l’armée, tandis que d’autres ont refusé le statut légal qui leur était offert. Pravy Sector subsiste comme un groupuscule et une force à la fois utile et redoutée par le gouvernement.

Roman revient du Donbass où il a passé trois semaines sur le front de son plein gré. Combattant en marge de l’armée régulière ukrainienne, les soldats comme Roman partent sur le front à tour de rôle et s’approvisionnent grâce à des collectes de matériel et de nourriture dans les villages. Il décrit la violence inouïe des combats, sans jamais vouloir évoquer concrètement les actions, dites “antiterroristes“, auxquelles il participe. Il écourte: “à Avdiivka, les séparatistes utilisent l’artillerie lourde pour bombarder la ville“.

Membre d’un parti radical redouté 

Le garçon aux traits fins et au regard sombre reste froid quand il parle de la guerre. Il poursuit, énigmatique, “à l’est, il y a une forte dose d’adrénaline. Quand tu ressens ça, beaucoup de choses cachées ressortent chez toi“. Yago, comme ses camarades le surnomment, espère pouvoir retourner dans la région de Donetsk au plus vite, une fois sa voiture réparée. Droit dans ses bottes kaki, il est comme galvanisé par la guerre. Les symboles militaires nationalistes sont omniprésents sur son profil Facebook. Partout, le drapeau rouge et noir de Pravy Sektor côtoie le drapeau national ukrainien. Les chants patriotiques à la gloire de l’Ukraine s’y succèdent: “Gloire à l’Ukraine! Gloire aux héros et à notre nation!”. Dans le petit local logistique de Pravi Sektor rempli de drapeaux et de vestiges des lieux des combats, un dessin de Vladimir Poutine sur lequel est écrit “Achtung Russia!” trône près d’un crâne en plastique.

Impulsif et parfois rieur, le jeune homme aux idées bien arrêtées n’en démord pas: “à la guerre, j’ai appris à savoir me sentir responsable de mes actes et de mes dires. Après tu comprends mieux le sens de la vie, comment appréhender les choses et les gens. J’ai mes raisons de faire ce que je fais. Il faut soutenir les gars qui sont là-bas et tout faire pour que la guerre se termine”.

Depuis le début du conflit en 2014, les photos en tenue de camouflage ont remplacé les photos de mariage sur sa page Facebook. Roman décrit, désabusé, la “vie paisible“d’avant la guerre, du temps où il venait à peine de rencontrer son épouse et planifiait d’avoir plusieurs enfants. A l’époque, il étudiait le management à l’Université de Kiev et travaillait à l’usine de production de sucre de la ville de Yahotyn située à 100 km à l’est de Kiev, dont il est originaire. Et bien qu’il ait à peine l’air d’être sorti de l’adolescence, Roman est aujourd’hui père d’un petit garçon de 15 mois auquel il refuse de parler de la guerre : “j’aimerais que mon fils n’ait jamais à voir ce que j’ai vu. Des russes tuer et … se faire tuer“.

 

Crédits: Jeanne Bulant

Crédits: Jeanne Bulant