La boxe a connu un regain d’intérêt considérable en Ukraine à la fin des années 1990 avec les victoires écrasantes des frères Klitschko. Vingt ans plus tard, des milliers de jeunes ukrainiens montent chaque jour sur le ring, comme au club SpartaBox, où boxeurs pro et amateurs partagent les valeurs du Noble Art.

Un jeune boxeur ukrainien s’échauffe sur le ring. (Crédit: Victor Bergeon)

Les cordes à sauter claquent et les poings nus des boxeurs fouettent le cuir des sacs de frappe. Une trentaine de combattants transpirent sous les consignes de l’ancien champion du monde Yuriy Nuzhnenko. Dans la petite salle fraîchement rénovée du SpartaBox, un chronomètre digital surplombe le ring et cadence la séance par tranches de trois minutes, le temps d’un round.

Sous les ordres du coach, les amateurs côtoient les pros. “ Deux cents personnes viennent s’entraîner chaque semaine, dont une trentaine de combattants professionnels” explique Igor Fanyan, le manager de cette salle, l’une des plus populaire du centre de Kiev. Mêlés aux combattants expérimentés, les débutants viennent transpirer et se faire mal sur le ring. Pompes, abdos, tractions, les exercices s’enchaînent et la rigueur est la même pour tout le monde. “Ici on base notre boxe sur le jeu de jambes et la défense” explique Yuriy après avoir hurlé sur un jeune homme qui baisse sa garde.

Igor Fanyan, entraîneur et manager du club SpartaBox. (Crédit: Victor Bergeon)

“Les ukrainiens ont la culture du combat”

La boxe est un véritable sport national en Ukraine, notamment depuis l’avènement de Wladimir et Vitali Klitschko, deux frères qui ont dominé la boxe poids lourds mondiale pendant plus de 20 ans. Vitali, icône de la révolution de Maidan en 2014 et fort de sa popularité nationale est ensuite devenu le maire de Kiev.

Les clubs de boxe ont poussé à travers toute la ville depuis la fin des années 1990 et les premières victoires internationales de l’aîné des Klitschko. Une cinquantaine de salles de boxe quadrillent aujourd’hui la capitale. “La culture de la boxe est relativement récente en Ukraine et c’est certain que les Klitschko y sont pour quelque chose, mais les Ukrainiens ont la culture du combat” admet Igor. Dans cette société virile “un homme doit savoir se défendre, même si un sportif qui se respecte n’a pas besoin de frapper pour régler ses problèmes”.

Yuriy Nuzhnenko redonne les consignes pendant la courte minute de repos. (Crédit: Victor Bergeon)

L’apprentissage d’un “esprit de la gagne”

Parmi les boxeurs, trois jeunes femmes s’entraînent elles aussi dans la salle contiguë du SpartaBox. “Tout le monde est le bienvenu ici. La seule condition c’est d’être motivé et de respecter les consignes”. Si se défendre est primordial, la boxe c’est aussi l’apprentissage  d’un “esprit de la gagne” explique Igor. “Tous les gens qui viennent ici ne viennent pas pour les mêmes raisons, certains sont des compétiteurs, d’autres veulent se dépenser, certains viennent ici chercher leurs limites… mais tous apprennent à avoir mal pour y arriver”.

Une jeune femme à l’entraînement. (Crédit: Victor Bergeon)

En 20 ans, des milliers de jeunes Ukrainiens ont été poussés à la pratique du Noble Art par les succès de leurs aînés. Dans la lignée des Klitschko le pays a vu éclore des dizaines de boxeurs de talents. En quelques années, la boxe est devenue un véritable phénomène culturel : “Quand les enfants voient les Ukrainiens gagner des combats sur le ring, ils demandent à leurs parents de venir s’inscrire et plus il y a de boxeurs, plus il y a de talents. La boxe apporte beaucoup de choses positives. Moi même, j’élève mes enfants comme des combattants” affirme Igor.

Séduire les nouvelles générations

Ces dernières années, de nouveaux sports de combat comme le MMA  (Mixed Martial Arts, une discipline particulièrement violente qui mélange l’ensemble des sports de combat) ont fait leur apparition. Une nouvelle donne à laquelle Igor Fanyan s’adapte: “On a un tatami ici pour travailler le combat au sol, le jiu-jitsu, la lutte…” une mise à jour indispensable pour continuer à séduire la nouvelle génération de combattants ukrainiens.

Une poire de frappe, usée par les coups. (Crédit: Victor Bergeon)