Le week-end, un marché de rue s’installe dans l’une des rues les plus touristiques de Kiev. Des vendeurs tentent d’y écouler bibelots, bonnets et autres objets d’art. Pour joindre les deux bouts.

Irina pose avec les bijoux qu’elle vend. Crédit: Lara Roques

En plus des quelques hryvnias, prix de la bague qu’ils viennent d’acheter, un couple de Chinois donne une cigarette de Chine à un commerçant. Ce dernier l’allume, toussote un peu et récupère l’argent. Le couple s’est offert une bague ornée d’ambre. Elle reposait avec d’autres babioles sur une petite table rafistolée posée sur la glace qui couvre le trottoir.

Nous sommes tout en bas de la descente Saint-André, là où le sol est encore plat. On voit plus loin la rue en pente parsemée de petits étals ce samedi après-midi. Quelques touristes y font les premiers pas d’un circuit mythique dans la ville, passant d’église en église jusqu’à Maïdan, célèbre place de l’Indépendance.

Objets traditionnels et bibelots en plastique

Chaque week-end se dresse ici un marché aux puces des plus parsemés sur fond de musique de flûte diffusée par de discrets hauts-parleurs. Stands espacés d’une dizaine de mètres, les quelques vendeurs attendent dans le froid le passage des clients qui se font rares. Habits traditionnels, babioles, bijoux, livres… Chacun tente de vendre ce qu’il peut. Si certains stands font vide-grenier, d’autres sont remplis d’objets industriels, souvent de mauvaise qualité.

C’est ce que vend, Irina, 37 ans, coiffée d’une imposante toque en fourrure noire cachant presque ses yeux. Quand elle comprend qu’elle peut exercer son français, son visage s’illumine. “J’ai passé un mois en France quand j’avais 14 ans, je suis une enfant de Tchernobyl”, précise-t-elle. Son stand propose toutes les choses inutiles possibles. De ses mitaines dépassent des doigts rougis et rêches: elle travaille au marché depuis des années. “Je ne suis pas à mon compte. Je suis juste vendeuse, mon patron prend presque tout. Je fais 10% sur ce que je vends”, raconte-t-elle avec le sourire, sans une once d’amertume. Du coup, Irina gagne peu, environ 30 euros par mois, selon elle. Pour se faire un petit complément, elle vend de petits objets qu’elle fabrique elle-même. Elle réalise des poules et d’autres animaux, en laine, en verre et autres.

Crédit: Lara Roques

La confection artisanale reste un moyen de s’en sortir par soi-même. Ella, 48 ans, très timide et l’air enfantin malgré ses rides au coin des yeux, fabrique elle aussi de petites figurines en tissus. “Le week-end, je viens ici et la semaine je reste chez moi à les faire. Je ne gagne vraiment pas grand-chose mais ça reste dans la moyenne. Environ 200 euros par mois”, dit-elle en faisant la grimace. Ses figurines posées sur une boite en carton n’attirent pas vraiment les passants. Elle ne les alpague pas trop non plus, restant pudiquement à côté de son stand, accoudée au mur et cachée sous un énorme manteau marron et une chapka.

Des commerçants aux tristes mines

Tout au long de la montée Saint-André, les commerçants sont tout autant renfrognés. Mines fatiguées ou fermées, ils n’ont pas l’air réjouis. Même à la vue d’une famille de touristes argentins, qui s’attarde de longues minutes devant chaque stand. La barrière de la langue y est peut-être pour quelque chose. Parmi les vendeurs, très peu parlent anglais, et quand c’est le cas, cela reste approximatif.

Dans un mi-anglais mi-ukrainien accompagné de grands gestes, Bagatska, explique qu’elle est professeur de céramique la semaine. Cette quadragénaire au visage encadré de mèches brunes vient vendre ses créations le week-end, en complément de salaire. Quelques tasses et des anges au sourire figé reposent sur une planche posée sur un trépied de fortune. “Je fais ça en dehors de mon travail mais ce n’est pas grand-chose. Je ne fais pas tout mon salaire avec ça, c’est plus pour me faire connaître”, raconte-t-elle. Bagatska donne son profil Facebook pour montrer le reste de son travail aux quelques clients qui prennent le temps de s’arrêter.

Avant de plier boutique, Irina tente d’alpaguer une dernière cliente, qui passe rapidement devant son stand sans s’intéresser à ses bagues à fausses pierres. Mais Irina l’assure, tout sourire et enjouée, “il y a plus de monde le dimanche !”