Depuis le début de la guerre, des milliers de bénévoles organisent des collectes afin d’approvisionner les soldats du front. A quelques heures d’un nouvel aller-retour dans le Donbass, Boris se prépare à partir. 

En ce jeudi soir de février, Boris Pelikh est venu récupérer sacs de nourriture, bières, poêles et réchauds dans le coquet petit appartement de Lidia Butska, à Kiev. Les deux bénévoles se connaissent à peine, ils se sont rencontrés grâce à Facebook. Psychologue de formation, la mère de famille aux longs cheveux blonds lui offre un thé, avant qu’elle ne l’aide à charger sa voiture dans le froid. Dans le véhicule usé par le nombre de kilomètres s’entassent alors sacs de couchage, couvertures et autres cartons de médicaments. Le lendemain, Boris doit prendre la route aux côtés de son ami Vitalyk, direction Avdiivka, Vodyane, Marioupol puis Louhansk, dans l’est du pays touché par le conflit armé.

Boris est un habitué des allers-retours entre Kiev et le Donbass. Cinq à six fois par mois depuis 2014, il part sur les routes pendant plusieurs jours avec un copilote différent pour ravitailler les soldats qui l’ont contacté sur Facebook. Grâce aux réseaux sociaux sur lesquels presque 10.000 personnes les suivent, ils peuvent collecter des biens en fonction des besoins sur place.

Boris rassemble des affaires à destination de l’est. (Crédit: Jeanne Bulant)

Cible des menaces des séparatistes pro-russes

En consacrant la plupart de son temps à ces navettes, l’ancien producteur dans la musique et l’audiovisuel n’a plus de temps pour travailler et gagner sa vie. S’il peine à boucler les fins de mois, il n’a pas pour autant l’intention d’arrêter son activité auprès du front. Père de deux enfants, le quadragénaire prend aujourd’hui beaucoup de risques. Refoulé à l’armée il y a deux ans, du fait de sa jeune paternité, l’homme à la casquette kaki explique vouloir se sentir utile en attendant d’obtenir un potentiel recrutement auprès de l’armée.

“Ce n’est pas grand-chose, je ne suis qu’un transporteur. Tous les ukrainiens sacrifient beaucoup pour les soldats. De nombreuses personnes âgées envoient la moitié de leur retraite à l’est, certaines passent même leurs journées à leur tricoter des chaussettes.”

Pour rentabiliser les voyages, les bénévoles essaient d’amasser le maximum d’effets. (Crédit: Jeanne Bulant)

Avec ses déplacements, il est conscient qu’il pourrait être la cible des tirs des séparatistes. Ou qu’il pourrait tout simplement disparaître, comme cela a déjà été le cas pour une dizaine de bénévoles depuis le début de la guerre. D’autant que le statut de bénévole n’est absolument pas reconnu par l’Etat ukrainien et que ces volontaires “clandestins” n’ont pas le droit d’y porter d’armes. Qui plus est, Boris part sans téléphone pour ne pas être géo-localisé dans la zone de guerre. Boris est déjà régulièrement la cible de menace, assure-t-il:

 “Je sais que les séparatistes ont  fiché mon numéro car je viens souvent dans cette région. Je reçois d’ailleurs régulièrement des menaces de mort par sms ou sur Facebook. Ils me disent qu’ils vont m’attendre chez moi, mais je m’en fous, je ne les prends pas au sérieux.”

Des bataillons démunis

A quelques heures du grand départ, Boris est tout excité, impatient de retrouver ceux qu’il appelle “sa seconde famille”. Les allers-retours ont beau le fatiguer physiquement, ils le galvanisent également. Exalté par ses propres photos prises sur place, l’homme décrit un paysage surréaliste à l’est. Un autre monde, comme tout droit sorti d’un décor de cinéma: ponts coupés en deux, trous d’obus dans des rues désertes, immeubles et véhicules désossés. Et les troupes manquent cruellement d’équipement matériel:

Quand j’arrive à l’est, les soldats me hurlent dessus et me demandent de rentrer à Kiev pour ma sécurité. Mais c’est mon devoir, et si je ne le fais pas, qui s’en chargera? Si tu penses trop, tu meurs.”

Des boîtes de médicaments sur le point d’être empaquetées dans la voiture de Boris, jeudi 2 février. (Crédit: Jeanne Bulant)