Vêtements, nourriture, logement… Depuis trois ans, l’association “Église Philadelphie” vient en aide aux déplacés de l’est du pays. Visite dans ses locaux, situés à Kiev.

Crédit: Alexis Perché

Des larmes sillonnent les petites rides qui constellent son visage. Et ses yeux sont hantés quand elle parle de ce qu’elle a vécu. A 67 ans, Nina a tout perdu. Elle a dû quitter Horlivka, petite ville dans la périphérie de Donetsk, en février 2015. Aujourd’hui elle vit seule à Kiev dans une petite chambre d’un foyer de déplacés. Et la seule chose qui lui permet de subsister, c’est l’aide que lui apporte l’Église Philadelphie.

Située dans un petit bâtiment qui ne paie pas de mine, cette association locale aide chaque semaine entre 60 et 70 personnes. Des bénévoles y distribuent des vêtements trois fois par semaine et de la nourriture une fois par mois. Aujourd’hui, hommes et femmes s’entassent devant des présentoirs ou fouillent dans des cartons posés à même le sol. La plupart ne veulent pas s’exprimer ou être photographiés. Ils sont encore traumatisés par la guerre.

Les mains jointes, la voix tremblante, Nina se rappelle. “Les chars russes sont arrivés. Le 27 juillet 2014, les tirs de mortier ont commencé, ils ont visé délibérément des aires de jeux et ont détruit deux écoles. C’était horrible, trente personnes sont mortes le premier jour, dont beaucoup d’enfants. Ils n’arrêtaient pas de tirer, j’entends encore le bruit. Les gens vivent dans un climat de terreur permanent dans l’Ouest“, confie-t-elle.

Elena, responsable de l’association de l’Église Philadelphie. Crédit: Alexis Perché.

Au milieu de la pièce, assise à un bureau, Elena, la gérante de l’association, note dans son registre ce que chacun  emporte. Ce sont les habitants de Kiev qui fournissent les vêtements et la nourriture. “Nous avons un service de coiffure, un juriste, un système d’urgences médicales pour les enfants. En 2014, beaucoup de personnes sont arrivées de Donetsk, Lougansk et aussi de Crimée. Elles étaient choquées et n’avaient plus rien. Quand ils entendaient le bruit d’un avion, les enfants se cachaient et pleuraient tellement ils avaient peur“, explique Elena. Dans le bâtiment, les déplacés peuvent se retrouver pour échanger. Et même pour prier. Et chaque dimanche, une école ouvre ses portes à 280 enfants.

Au fond de la salle, une vieille dame examine un pull rose, concentrée. Arrivée dans la capitale ukrainienne avec sa mère et son fils de 23 ans en juin 2014, Katerina travaille dans un service administratif qui délivre des passeports. Pas question pour elle de quitter Kiev. “Ma voisine à Louhansk garde mon appartement mais je ne veux pas y retourner. C’est vrai qu’ici la vie est plus chère. C’est difficile mais on est en sécurité et on sent vraiment le soutien de tous les Ukrainiens“, affirme-t-elle.

Crédit: Alexis Perché.

Elle est venue prier, chercher de la compagnie et prendre quelques vêtements. “Tout ce que je porte vient d’ici. Si ça n’existait pas, je ne sais pas comment je ferais“. En trois ans l’Église Philadelphie a aidé quelque 7.000 personnes, majoritairement des retraités, des familles nombreuses et des handicapés. Mais aussi des déplacés tout juste arrivés, sans aucun repère.

Alexandre, 44 ans, est assis sur un banc en face du bureau d’Elena. Il parle de la guerre, des bombardements, de sa famille disparue. A ses pieds, trois sacs plein de vêtements. Il est arrivé en 2014 mais n’a toujours pas trouvé de travail ni de logement. “Les foyers pour les réfugiés sont tous pleins et l’État ne fait rien pour nous aider“, se désole-t-il. Il profite donc de l’aide et de la chaleur que lui procure ce lieu.

Dans l’est de l’Ukraine, la situation ne s’améliore pas. Les bombardements ont repris dans la province de Donetsk et une nouvelle vague de réfugiés venant de la ville d’Avdiïvka déferle sur Kiev. Depuis trois ans, plus d’1,7 million de personnes ont dû quitter leur domicile à l’intérieur du pays.

Crédit: Alexis Perché