Le conflit armé en Ukraine fait de nombreuses victimes parmi les enfants, touchés par des troubles post-traumatiques. Pour lutter contre ces maux et leur faire oublier leurs pires cauchemars, une psychologue utilise une méthode norvégienne.

Ira Sukhova est psychologue. Quand la guerre a commencé, elle s’est spécialisée dans les troubles post-traumatiques pour les enfants. Avant le début du conflit, elle ne souhaitait pas particulièrement soigner les traumatismes de guerre. “Mais en des temps pareil, il est difficile d’être inactif”, lâche la jeune femme. Aujourd’hui, son travail s’inspire d’une méthode norvégienne développée par l’ONG “Children and War“.

Objectif de cette méthode? Que les adultes et les enfants traumatisés par la guerre “puissent s’aider eux-mêmes”. Lorsqu’elle en parle, c’est d’une voix neutre. Son timbre suit une ligne précise, sans écart de son lié à l’émotion. Professionnelle. Mariée à un militaire qui a combattu avec l’armée ukrainienne, elle s’interdit d’idéologiser la pratique de son métier. «Ce que nous traitons, c’est la douleur, l’humain, pas le politique”, affirme Ira. « C’est un impératif pour tout personnel médical d’être impartial ».

Dima, petit ours de 9 ans, déplacé de Donetsk

Sa rencontre la plus frappante reste Dima. Ce petit garçon de 9 ans est arrivé de Donetsk avec sa mère et ses deux petites sœurs. Au départ, quand elle fait sa rencontre, le jeune garçon est extrêmement stressé et refuse qu’on le touche ou qu’on s’approche de lui. Et il raconte faire toujours le même cauchemar: un ours qui le pourchasse et termine toujours par le rattraper. C’est seulement après quelques séances que Dima accepte de raconter son histoire, confie Ira, en expliquant le passé douloureux du garçon: “un jour, des gens ont tenté de s’introduire dans leur propriété et son père les a tués. Dima a été témoin de cette violence. C’est une des raisons qui a poussé sa famille à fuir. Son père est mort peu de temps après.”

Pour lutter contre ce traumatisme, et le cauchemar incessant qu’il générait, Ira lui suggère le dessin. “Je lui demandais de trouver une solution pour ne pas se faire manger. L’idée était de le faire redevenir maître de son rêve”, explique la psychologue. Dima a cherché pendant longtemps. “Il dessinait un arbre pour s’y cacher, l’ours finissait par y grimper et le manger ! Il dessinait une rivière qui le séparait de l’ours, l’ours pouvait toujours nager et le manger ! Il enfermait l’ours dans une cage, il pouvait la casser ! Rien ne semblait marcher”, raconte Ira avec passion.

Les clés de la réussite: l’impartialité et le travail de groupe

Elle poursuit avec un sourire: “Lors de notre dernière séance, il est venu me voir et m’a tendu un dessin le représentant lui, l’ours et une troisième personne entre eux.” Dima la désigne comme étant son père. Ira y voit un signe de réussite: “Il voyait enfin son père, non plus comme un destructeur, mais comme un protecteur.” La psychologue frissonne encore en racontant cette histoire.

Lorsqu’elle rencontre des enfants qui ont vécu la guerre à l’est du pays, Ira Sukhova leur fait passer un test pour évaluer la profondeur de leur traumatisme. Ils doivent alors remplir un formulaire, expliquant s’ils ont des images dans leurs souvenirs, s’ils arrivent à en parler ou sur leurs sentiments quand ils évoquent un moment passé. 

Puis Ira les place dans des petits groupes de travail, afin d’échanger collectivement. L’idée est de rétablir la confiance perdue en autrui. “Les symptômes les plus communs chez les enfants sont les cauchemars récurrents, ces souvenirs qui deviennent des obsessions. Ils sont aussi toujours en état d’alerte, ce qui les empêche de dormir ou de se concentrer”, indique la psychologue. Ils ont aussi peur d’être rejetés, que les gens ne les aiment pas”, poursuit-elle.

Avec sa méthode, elle est convaincue que certains de ces enfants peuvent retrouver confiance, à travers le dialogue en groupe. Et Ira tente maintenant de faire connaître cette méthode dans tout le pays en multipliant les formations. Espérant que cela puisse contribuer à soigner les maux de la guerre.