Malgré le froid et la glace, d’irréductibles athlètes poussent les haltères en métal rouillé de l’Hydropark Gym. Reportage au coeur de ce temple de la musculation en plein air, hérité de l’ère soviétique. 

Entraînement à l’Hydropark Gym, Kiev. (Crédit: Victor Bergeon)

Kiev est sous une fine couche de neige verglacée, le thermomètre affiche -8 degrés. Pourtant derrière le pont enneigé qui survole le Dniepr, une trentaine d’irréductibles sportifs s’entraine sur leur terrain de jeu favori. Des haltères en métal et des bancs en bois. En guise de poids, au bout de poulies couinantes, des pneus, des pièces détachées de voitures.

“Hydropark Gym” c’est une salle de musculation en plein air. C’est le  “Muscle Beach” californien, sauce soviétique. Sur les 5000 m2 de terrain, le matériel n’a pas bougé depuis la création du lieu, en 1968. Les poids en fonte, avec le temps, ont fait ployer les barres de métal sous l’effet de la gravité.

L’odeur de la rouille imprègne les mains des athlètes une fois l’exercice terminé. Sur un conteneur, à l’entrée du terrain, se tient d’ordinaire une petite boutique qui vend des barres de céréales et des boissons protéïnées. Ce dimanche de février, le froid et la glace ont eu raison du vendeur et la boutique est fermée.

Un espace gratuit et ouvert tous les jours

“Aujourd’hui c’est le jour des pectoraux”, sourit Maksym en se couchant sur un banc givré. Ses mains solides agrippent une barre glacée de 80kg, “Odyn,… tva,… tryn…”, son ami Dima compte les répétitions. Maksym est pharmacien et Dima cumule un travail de chauffeur et de programmateur informatique. Ils habitent Kiev et viennent s’entrainer ici toute l’année.
L’Hydropark Gym n’est pas la plus moderne des salles de musculation de Kiev, mais elle a l’avantage d’être gratuite et ouverte tous les jours. Dima, travaille le dos et les jambes aujourd’hui avec le “soulevé de terre”. Il fait de l’aïkido, pour lui la musculation est un complément indispensable pour gagner en force. “En hiver, on vient un peu moins que l’été,  mais on  essaye quand même de s’entrainer au moins deux fois par semaine” explique Maksym.

Un lieu de lien social intergénérationel

L’Hydropark Gym c’est aussi un lieu du lien social, où “les jeunes générations côtoient les plus vieux” explique Serguey, militaire, entre deux séries d’exercices. Difficile de déterminer l’âge moyen de l’athtlète de l’Hydropark, mais aujourd’hui , Oleg est le doyen et porte fièrement ses 79 ans. Sur une machine tordue par le temps il travaille son buste, s’interrompt, discute avec un ami, puis reprend sa séance. Cet ancien kayakiste de haut niveau vient s’exercer tous les jours. Dans ce lieu, il a les mêmes repères depuis plus de 50 ans. Comme glacé par le froid, l’Hydropark n’a pas bougé d’un centimètre.

Le temps s’égrène et les mêmes poids de fonte restent enchainés aux mêmes barres, les vélos d’entrainement ont vu des générations de kieviens pédaler, sans jamais dérayer. L’Hydropark et ses énormes machines de bois et de fer sont les témoins d’un temps révolu mais que les athlètes continuent de faire exister.