Dans un pays durement touché par l’épidémie du VIH, la fondation AHF organise régulièrement des distributions de préservatifs et des journées de sensibilisation à la protection. Un question importante dans un pays où l’usage de la “capote” n’est pas un réflexe. 

Les préservatifs distribués par AHF International à Kiev. Crédit: Marie Boscher

Entre un stand de centrales vapeur dernier cri et le corner d’un designer à la mode, une dizaine de préservatifs géants sont érigées sous l’œil des caméras. À fleurs, en métal doré ou encore aux couleurs du drapeau gay, impossible de les rater au milieu du Mystetskyi Arsenal, un centre d’art aménagé dans les anciennes caves d’un monastère contigu.

Ils ont été installés ici par l’artiste Oleksiy Zalevskiy en marge de l’Ukrainian Fashion Show. Mais si l’exubérance et l’extravagance sont au rendez-vous en cette fashion week ukrainienne, c’est surtout l’occasion de ramener le préservatif au cœur de l’actualité dans un pays si durement touché par le Sida. En Ukraine, près de 15.000 personnes en meurent chaque année, soit 25% du total des décès liés à cette maladie en Europe et en Asie centrale. Un chiffre alarmant, et en hausse.

Tous les ans, la journée internationale du préservatif se tient le 13 février, à la veille de la Saint-Valentin. Créé par la fondation AHF (Aids healthcare Fondation), l’événement revêt une symbolique particulière en Ukraine, où 60% des nouveaux cas de contamination concernent des couples hétérosexuels. “On parle de couples en âge de procréer, qui représentent une force économique énorme en Ukraine”, note Zoya Shabarova, directrice de AHF Europe. “Il faut mettre les préservatifs au cœur des préoccupations des politiques et des médias. Nous continuerons à faire cette journée jusqu’à ce que les préservatifs soient corrects, pratiques et accessibles pour tous.”

Zoya Sharabova, directrice de AHF Europe. Crédit : Marie Boscher

Aujourd’hui, un préservatif coûte au minimum 10 hryvnias (0,30 euro) pour un salaire moyen de 4.360 hryvnias (environ 150 euros). Un prix bien trop élevé pour nombre d’Ukrainiens, auquel s’ajoute le manque d’éducation sexuelle et de prévention en amont. En Ukraine, en effet, les moyens de contraception sont considérés comme des dispositifs médicaux, auxquels s’appliquent des taxes très élevées. Et la corruption n’épargne pas le domaine de la santé. “Nous devons payer les institutions et les pharmacies pour qu’elles distribuent gratuitement nos préservatifs”, précise Zoya Shabarova.

Un slogan, “Always in fashion”

AHF distribue chaque année près de 2 millions de “capotes” achetées à très bas prix en Corée du Sud, présentés dans un emballage rouge frappé du sigle de la fondation. Un visuel facilement repérable et très présent dans l’exposition du jour, qu’on retrouve sur les t-shirts des bénévoles ou dans les mains de performers vêtus de doré et richement maquillés.

Au pied d’un mur où est inscrit «Condom: always in fashion», un bénévole s’installe pour faire une démonstration. Son but? Expliquer comment mettre un préservatif. La scène peut sembler anodine mais en Ukraine, elle n’a rien d’évident. Trop chère, la “capote” n’est pas un réflexe dans le pays.

International condom day Ukraine AHFUn bénévole d’AHF Ukraine montre comment mettre un préservatif. Crédit: Marie Boscher

Zoya Shabarova voit une autre explication à cette désaffection. “Le gouvernement ne réfléchit pas à long terme, il préfère payer au cas par cas pour les traitements de la maladie plutôt que de mettre en place une vraie politique de prévention à tous les niveaux”, assure-t-elle.

Pourtant, elle le rappelle, le préservatif ne protège pas que des maladies sexuellement transmissibles. Il permet également d’éviter des grossesses indésirables, parfois désastreuses pour des familles aux faibles revenus. “Bien sûr, je comprends que l’Ukraine ait à faire face à de nombreuses crises aujourd’hui, mais investir dans la prévention contre le Sida, c’est aussi investir pour le futur.”