L’annexion de la Crimée en 2014 est à l’origine du conflit, toujours en cours, entre l’Ukraine et la Russie. Celui-ci se retrouve dans tous les pans de la société, jusque dans la régulation de la télévision.

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Le conflit de territoires entre la Russie et l’Ukraine s’étend à d’autres champs, tel le paysage audiovisuel. En réponse à l’annexion russe de la Crimée en 2014, les autorités publiques se mobilisent pour affirmer leur indépendance à l’égard du grand voisin. A l’image de la société civile qui s’était engagée dans un boycott des produits russes.

Ainsi, le Conseil national de diffusion de la télévision et de la radio ukrainien, une autorité rattachée au Parlement et chargée de contrôler ce qui passe sur les antennes du pays, a instauré une interdiction sur la diffusion de films russes. Tous ceux sortis après 2014 ont été radiés des chaines de télévision ukrainiennes, qu’elles soient diffusées sur le câble, le numérique ou le satellite. Ceux produits avant 2014 sont autorisés, sauf s’ils glorifient les institutions russes, notamment l’armée ou le KGB. Enfin, les films datant d’avant 1991, année de la chute de l’URSS, sont tolérés à titre d’œuvres d’art et d’histoire.

L’interdiction se limite à la télévision puisque les Ukrainiens sont libres d’acheter ou de posséder ces œuvres à leur domicile, ou de les voir au cinéma. Mais à la télévision, point de Russie. Sur les 82 chaînes russes qui existaient sur les canaux en Ukraine, seules cinq subsistent aujourd’hui.

Un envahissement culturel

«Cela n’a rien de politique», risque Serhii Kostynskyi, l’un des sept membres du Conseil pour justifier l’embargo, avant d’ajouter : «cela fait partie de l’attitude des Russes de ne pas respecter les lois et la culture des autres. A notre tour, nous les interdisons.» Cette censure est donc justifiée par le non-respect par les télévisions russes des règlementations ukrainienne et européenne-, l’Ukraine ayant ratifié la convention européenne sur la télévision transfrontalière.

Mais avec une législation ukrainienne « qui change tout le temps » selon les dires du Conseil, difficile de ne pas lire dans cette interdiction un message contre l’envahissement culturel russe. «Avant, il y avait une domination de la Russie dans le cinéma et plus largement, dans la culture ukrainienne, et ce depuis plus de 400 ans», explique Serhii Kostynskyi. «Les Russes venaient tourner à bas coût sur nos terres, avec des équipes exclusivement russes et sur des thématiques russes. L’Ukraine n’avait pas sa place, cela coûtait trop cher pour nous de tourner des films ukrainiens. L’agression de la Russie en 2014 a été un électrochoc pour nous», ajoute-t-il.

Depuis, le conseiller constate une amélioration. «Un ami cinéaste m’a appelé pour me remercier et me dire qu’enfin, aujourd’hui, le cinéma ukrainien est en train de naître». Désormais, l’Ukraine s’ouvre vers l’Asie et le marché sud-coréen, pour produire à moindre coût et loin de la Russie.


Bande-annonce de “The Nest of Turtledove”, film ukrainien financé par l’État, sorti en 2016.