L’Organisation internationale pour les migrations (IOM) est le chef de file de la lutte contre la traite des êtres humains en Ukraine. Exploitation sexuelle, travail forcé… elle a déjà porté assistance à plus de 12.000 personnes. Un combat toujours en cours.

Le programme de réintégration de l’IOM a permis à cette victime de lancer son entreprise spécialisée dans la conception de baignoires en acrylique. (Crédit:IOM)

C’est l’histoire d’un homme ou d’une femme d’une trentaine d’années, avec une famille à nourrir. Un jour sur Internet, une annonce pour un travail très bien rémunéré, à l’étranger. Le recruteur offre le billet d’avion et promet un gros salaire. A l’aéroport, personne. Au bout de deux heures, un homme arrive et propose du travail. Mal payé, mais qui permettra peut-être de rentrer chez soi. Le retour ? Il a lieu quelques mois plus tard, sans un hryvnia en poche, et après avoir été forcé à travailler dans des conditions inhumaines.

Des histoires comme celle-là, Irina Titarenko en a entendues des centaines depuis ses débuts au sein du programme de lutte contre la traite des êtres humains de l’Organisation internationale des migrations (IOM) d’Ukraine. Ce programme dont le siège est situé à Kiev compte 75 employés.  Chef de file sur le sujet dans le pays, il a déjà apporté assistance à plus de 12.000 personnes.

Les premières victimes identifiées par l’IOM, en l’an 2000, étaient surtout des femmes, exploitées sexuellement dans les Balkans et en Turquie. En 2003, l’organisation voit apparaître les premières victimes du travail forcé, revenant de Russie après trois mois de labeur: les Ukrainiens peuvent en effet circuler librement pendant un trimestre chez leur grand voisin sans faire aucune démarche administrative. «Si les victimes sont arrêtées par la police, elles ont donc l’air de simple touristes. Les trafiquants renouvellent simplement leurs stocks de chair fraiches plus souvent», explique Irina Titarenko.

 

 

Au départ, le rôle de l’IOM était surtout de rencontrer les victimes, de les assister médicalement puis des les renvoyer chez elles. Au fur et à mesure, le programme a obtenu plus d’argent pour la surveillance et l’assistance des victimes.

Secourues en grande majorité par d’autres ONG, celles-ci sont -si elles le souhaitent- prises en charge par l’IOM dès leur arrivée. Accepter une telle aide n’a pas toujours été facile. « Les premières victimes étaient terrorisées. On leur avait fait miroiter de meilleures conditions de vie et elles avaient fini exploitées sexuellement », raconte Irina Titarenko.

Le bouche-à-oreille a finalement fonctionné et les anciennes victimes, «les survivantes» comme elles se font appeler, ont recommandé l’IOM aux autres. L’organisation fournit plusieurs types d’assistance. En premier lieu, une aide psychologique et médicale dans ses centres de réhabilitation. Le premier a ouvert à Kiev en 2002, d’autres ont suivi dans d’autres régions grâce à des partenariats avec des hôpitaux publics.

Olga Milinchuck, médecin à la tête du centre de réhabilitation, et Irina Titarenko, dans les bureaux de l’IOM à Kiev. (Crédit:Leticia Farine)

L’aide est également pécuniaire. L’IOM peut financer une ou deux années d’études à l’université pour finir un cursus, équiper une couturière en fin de formation professionnelle d’une machine à coudre ou même payer des vaches à une victime vivant à la campagne.  «Tout dépend de ce dont la victime a besoin pour réaliser son potentiel», explique Irina Titarenko. L’éducation est une priorité pour l’organisation internationale.

« Je me souviens d’un cas datant de 2001. Une jeune fille de seize ans de retour  des Emirats arabes unis, où elle avait été exploitée sexuellement depuis l’âge de 9 ans. Elle devait réapprendre jusqu’à la langue ukrainienne ».

L’IOM fournit également une aide au logement. Notamment pour ceux, venant de zones rurales, souhaitant suivre une formation dans une grande ville. Entre 2000 et 2010, quand il y avait plus de victimes de violences sexuelles, l’IOM gérait également cinq refuges pour femmes. L’organisation fournit enfin une aide juridique. En 2016, sur les 115 plaintes déposées, 28 ont abouti à un verdict.

Confidentialité impérative

Pour bénéficier de ces aides, il faut respecter quelques règles: ne pas consommer de drogues ou d’alcool, ne pas proposer de services sexuels, faire preuve d’une démarche volontaire mais surtout ne jamais violer la règle de confidentialité. Pour des raisons de sécurité, les victimes doivent en toute occasion taire le nom d’autres victimes qu’elles connaissent et ne jamais révéler à des tiers où elles se trouvent. Au centre de l’IOM à Kiev, Irina Titarenko est l’une des trois seules personnes à connaître ces noms et ces adresses.

Selon elle, les progrès sont notables: la prévention a été renforcée, la police est mieux préparée et la justice plus intransigeante. D’où vient, alors, la hausse des victimes? «Les trafiquants sont plus malins. Ils promettent des salaires élevés et paient des sommes ridicules. Les personnes ne se considèrent pas victimes parce qu’elles ont reçu de l’argent. Les victimes deviennent alors invisibles», se désole t-elle.

Autres victimes invisibles dans un pays en guerre: les déplacés. Vulnérables et difficiles à identifier, ils sont d’autant plus faciles à exploiter. Ce qui inquiète l’équipe du programme de lutte contre la traite des êtres humains de l’IOM. Celle-ci prévoit de lancer prochainement une campagne de prévention à ce sujet.

Un sans-abris en train de lire le témoignage d’une victime de la traite d’êtres humains à l’installation itinérante de l’IOM à Odessa en 2015 (Crédit: IOM)