Après la révolution de 2014, le nouveau gouvernement ukrainien a entrepris de débarrasser le pays des traces de la période communiste. Une loi sur l’ouverture des archives des services de renseignements soviétiques a mis au jour des secrets gardés depuis 1917.

Andriy Kohut, directeur des archives des services de sécurité, montre des archives numérisées. Crédit: Emma Donada

En Ukraine, le passé s’invite dans l’actualité. Andriy Kohut, directeur des archives des services de sécurité, est préoccupé: 200.000 dossiers des archives du KGB conservés dans la ville de Donetsk, derrière la ligne de front, ont disparu. “Des soldats capturés par des terroristes* nous ont informés avoir été emprisonné dans la salle des archives, mais tous les dossiers avaient disparus”, explique-t-il, impuissant. Une perte inestimable d’autant que les archives du KGB de 1917 à 1991 n’ont été ouvertes au publique qu’en 2015.

Après la révolution du Maïdan, le nouveau pouvoir a décidé l’interdiction du Parti communiste. Le nouveau parlement a aussi voté en avril 2015, quatre loi mémorielles sur les symboles, les monuments et les archives datant de l’époque soviétique.L’objectif était de surmonter le passé totalitaire“, explique Volodymyr Viatrovych. Directeur de l’Institut pour la mémoire nationale et historien, il a participé à l’écriture de ces lois.

Mais près d’un an et demi après, le processus d’ouverture des archives semble enlisé. Les anciens dossiers du KGB, les services secrets soviétiques, et du NKVD, la police politique, sont encore conservés dans les locaux des archives du service de sécurité, dans l’attente de trouver un nouvel espace plus accessible au public. Conséquence: le service est saturé et les listes d’attente pour consulter les archives peuvent s’étendre sur plusieurs mois. En 2016, Andriy Kohut a reçu plus de 3.000 demandes d’information.

Des services débordés

Cet engouement émane notamment des citoyens désireux de connaître le sort d’un parent, d’un ami ou d’un grand-parent, victime des répressions de l’époque soviétique. Pour faciliter ce travail, un service de numérisation de certaines archives a été lancé en partenariat avec des universités.Souvent, nos homologues à l’étranger nous demandent s’il est normal que le service de sécurité ukrainien mène des projets avec des universités“, s’amuse Andriy Kohut.

Cette situation inhabituelle est temporaire. Mais le transfert vers un lieu plus adapté s’annonce difficile au vu de la quantité de documents. Mis bout à bout, ces archives déclassifiées, stockées à Kiev, s’étalent sur sept kilomètres, soit 250.000 dossiers de 300 pages chacun, en moyenne. Face à cette masse de documents, le rôle de l’Institut pour la mémoire nationale est de rendre l’information accessible, non seulement pour les particuliers et les scientifiques, mais aussi pour le grand public.

Comprendre le passé

Depuis sa création, en 2015, l’Institut a organisé plusieurs expositions, notamment sur la résistance ukrainienne au régime soviétique.Les historiens ne savent pas même ce que contiennent tous ces dossiers“, explique Volodymyr Viatrovych. En plus des fichiers personnels sur les opposants et les employés du service de renseignements, les archives se séparent en trois autres catégorie : les ordres envoyés au NVKD et au KGB; les publications du service de renseignements tels que des journaux ou des manuels; les documents du secrétariat envoyés par le KGB au siège du Parti communiste, à Moscou.

Alors que les archives russes sont totalement fermées, ces documents sont parfois le seul espoir pour les scientifiques et la société civile de comprendre les épisodes du passé.

 

*terme employé en référence aux guerriers pro-Russes