Trente ans après la catastrophe nucléaire, l’association Les Enfants de Tchernobyl continue de s’occuper des enfants des villages proches de la centrale. L’organisation prépare actuellement le départ, en juillet prochain, d’une centaine de jeunes. Ils seront envoyés en France pour profiter de courtes vacances et pour s’éloigner des zones contaminées.

Des jeunes pris en charge par l’association Les Enfants de Tchernobyl (Crédit: Les enfants de Tchernobyl/Facebook)

«On dit qu’il n’y a pas de maladies liées à radioactivité, mais c’est faux. Les enfants de ces villages sont malades, ils ont besoin d’aide.» Oksana Pantchenko est professeure de français à Kiev et coordinatrice de l’association Les enfants de Tchernobyl. Depuis neuf ans, elle fait partir chaque été une centaine d’enfants en France, pour les éloigner provisoirement des terres contaminées. Une étude* a montré que ces séjours permettaient de faire baisser d’un tiers le taux de radioactivité interne des enfants.

Après l’accident, les villages proches de la centrale ont été évacués. L’Etat a dit aux habitants de prendre leurs papiers et de s’éloigner. «Ils ne sont jamais revenus. Le gouvernement leur a donné des logements, c’est bien le seul avantage qu’ils ont tiré de la catastrophe. Ils ont tout perdu, il y avait des enfants à nourrir, c’est pour ça que l’association est née.» Lors de la première année, 300 enfants sont accueillis. Depuis l’association n’a jamais cessé ses activités.

Oksana Pantchenko coordonne depuis neuf ans l’association Les enfants de Tchernobyl.

Oksana Pantchenko lance actuellement les préparatifs pour l’été 2017. Elle s’occupe des passeports et des documents administratifs pour faire voyager les enfants. L’association s’occupe de jeunes à partir de 8 ans, qui viennent des villages distants de 50 à 100 kilomètres de la centrale. Même si trente ans se sont écoulés, ce enfants subissent toujours les effets des radiations. «On a fait des mesures dans les sols et la quantité de Cesium 137 est parfois plus élevée dans ces villages que dans la zone d’exclusion», explique Oksana.

Le Cesium 137, un élément radioactif libéré par l’explosion de la centrale, a été absorbé par les organismes végétaux, les champignons, les animaux et l’eau. Dans certaines zones, des champignons ont été mesurés à plus 5000 de becquerels par kilo (l’unité de mesure de la radioactivité), alors que l’Union européenne recommande de ne pas dépasser les 600.

«C’est un cercle vicieux. Les familles ne peuvent pas quitter ces zones parce qu’elles sont pauvres, et comme elles sont pauvres, elles mangent des aliments contaminés», indique la coordinatrice. En Ukraine, les salaires sont faibles. Oksana, enseignante à plein temps dans la capitale, ne touche que 140 euros par mois et doit donner des cours particuliers pour subvenir à ses besoins. Dans ces zones contaminées mais habitables, les familles touchent une aide de l’Etat. Un ou deux hryvnias, l’équivalent d’un centime d’euro…

Les enfants de ces villages souffrent des conséquences du Cesium 137. Oksana parle d’atteintes au système immunitaire, de perturbations cardiaques, pulmonaires et d’un risque accru de cancer.  «Quand je vois certains enfants, j’ai l’impression que si je souffle, ils vont tomber. Ils sont tellement transparents, faibles», déplore-t-elle.

119 enfants en Alsace cet été

Oksana vient de recevoir la liste des enfants, ils seront 119 l’été prochain, sept de plus qu’en 2016. Les enfants passeront leur vacances en Alsace,  du 9 au 30 juillet, là où est née l’association. Ils ont été «sélectionnés» par des habitants, comme des infirmières, qui connaissent bien les villages. L’année dernière, certains parents ont refusé d’envoyer leurs enfants en France, par peur des attentats terroristes.

«Ils sont logés dans des familles. La première fois, c‘est nous qui cherchons l’endroit. Beaucoup d’entre eux sont réinvités par la suite, parfois pendant plusieurs dizaines d’années», précise la militante. Malgré la barrière de la langue, l’association ne recommande rien de plus aux familles que de «se comporter avec l’enfant comme si c’était le leur.» Elle limite ses activités à l’Alsace. Car, c’est la règle, la famille doit pouvoir avoir accès à un interprète franco-ukrainien en moins d’une heure, en cas de souci de santé.

L’association vend des pyssanki, des œufs colorés, pour se financer (Crédit: Praktyczny Przewodnik/Flickr)

L’association a besoin d’un budget d’environ 100.000 euros par an. La majorité du financement provient de la vente d’un nombre impressionnant de pyssanki. Ces œufs peints, une tradition en Ukraine, sont achetés dans l’ouest, dans la région montagneuse des Carpates. Cette année, Oksana en a envoyé 33.000 en France. «L’année dernière, les bénévoles en ont vendu 35.000, quelques euros pièce. On a fait des stands partout, dans les supermarchés, les centres commerciaux, du porte-à-porte. C’était les 30 ans de la catastrophe donc la pub était énorme.»

Les dons permettent aussi de récolter des sous. Et les familles d’accueil paient une contribution d’une centaine d’euros, sur les 500 que nécessite la prise en charge d’un enfant. Les yeux rougis par l’émotion, Oksana évoque le retour des enfants en Ukraine, après trois semaines au loin. «Ils sont toujours contents de retrouver leurs parents. Parfois il y en a qui pleurent, parce qu’ils se sentaient mieux en France. Ils disent qu’ils ne veulent pas rentrer chez eux. Mais qu’est-ce qu’on peut faire ? Juste espérer que la famille les réinvitera l’année d’après.»

La coordinatrice espère que le gouvernement prendra un jour ces enfants en charge. Elle évoque les scandales de corruption, les députés ukrainiens qui veulent augmenter leur salaire. «Il y a donc de l’argent, mais plus personne ne parle de Tchernobyl. On ne doit pas oublier la catastrophe. On ne doit pas oublier que des gens vivent encore là-bas. En tout cas, nous, on est là. »

*Etude commandée durant l’été 2015 par l’association et réalisée par l’Académie des Sciences d’Ukraine et l’Institut Belrad à Minsk. Les résultats obtenus montre qu’un séjour de 21 jours baisse le taux de radioactivité interne des enfants de 33% en moyenne (et de 47% au bout de deux mois)