Kiev est loin de la zone de combat du Donbass, mais la guerre est dans tous les esprits. Chaque jour, de 9 heures à 21 heures, des patriotes bénévoles confectionnent des tenues de camouflages, des bonnets et des barres de céréales pour les soldats. Visite à ces combattantes de l’arrière.

Crédit: Claire-Marie Germain

Olena et ses amies se réunissent tous les jours dans un petit local encombré de sacs de tissu. On a beau être en plein coeur de Kiev, ici on parle tenues de camouflages et stratégie de l’armée russe, tout en travaillant. Aliona, une jeune-femme brune à l’air déterminé, a lancé le mouvement en 2014. «Les gens nous donnent de vieux vêtements, nous les découpons et nous les attachons sur des filets de pêche», explique-t-elle.

Ce lundi soir, une douzaine de femmes bénévoles s’affairent autour de grands cadres de bois où sont tendus les filets. Elles y nouent des morceaux de tee-shirts ou de draps de couleur blanche. Le produit final? Un filet de camouflage sur-mesure pour les soldats, leurs tanks ou leurs abris.

Crédit: Claire-Marie Germain

Un travail répétitif mais qu’elles font avec amour et sans s’arrêter de discuter. «Ici, c’est comme à l’armée. Aliona est le commandant en chef», plaisante Olena, une jeune femme souriante dont le frère se bat sur le front. Les unes sont retraitées, les autres cuisinières, architectes, médecins ou professeures. Au début de la guerre, aucune ne savait fabriquer de filets de camouflage, mais elles ont toutes appris.

Aujourd’hui, elles se relaient tous les jours de 9 heures à 21 heures en fonction de leurs emplois du temps, de telle sorte qu’il y ait toujours quelqu’un dans le local. «Nous aimons la patrie, s’émeut Nathalie, retraitée. Nous soutenons nos enfants, car en se battant, ils nous protègent.» Des paroles prononcées avec les larmes aux yeux.

                             
Crédit: Claire-Marie Germain

Depuis le début de la guerre, elles ont fabriqué 300 tenues de camouflage. «On travaille sans s’arrêter, parfois sans manger», affirme Aliona, les mains dans un sac de tissu. «Depuis le début, on a fait 30.000 mètres carrés de camouflage. Mais aussi des petites poupées -pour remonter le moral des troupes-, des pantalons, des bonnets chauds, des shorts pour l’été.” Ses collègues acquiescent avec fierté.

Ces femmes récoltent aussi les bouchons en plastique des bouteilles, qu’elles trient et vendent 9 hryvnias (soit 30 centimes d’euro) le kilo pour acheter des prothèses aux soldats blessés. Ce lundi soir, pendant qu’elles travaillent, un caniche, baptisé Iulii, s’affaire. Vêtu d’un petit manteau de polaire, il va de main en main récupérer des bouts de gâteaux et des caresses.

                               Crédit: Claire-Marie Germain

Ici, la Russie a mauvaise presse. «Moscou n’amène rien de bon, martèle Olena, qui refuse de parler russe. Poutine ment sans arrêt.» Toutes les femmes se pressent autour d’Aliona. Sur son portable, une photo difficile à croire: une balle de sniper prise en plein vol y effleure la tête d’un soldat qui pose avec des amis. De quoi étayer la réputation de cruauté des Russes, et celle de courage des soldats ukrainiens.

Chacune y va de ses peurs et de ses fantasmes. «Poutine est un terroriste, c’est lui qui a orchestré la guerre en Syrie », accuse Olena, tout en découpant des morceaux de tissu. «Marine le Pen n’aime pas l’Ukraine», s’inquiète Angelica, une mère de famille aux airs de poupée. «Vous pensez qu’elle peut devenir présidente de la France?», questionne-t-elle.

La France, un pays lointain mais qui cristallise les espoirs. «Parlez de nous là-bas, demande Olena. Ca nous aidera à faire avancer notre cause.» Sauf qu’à Paris, cela fait longtemps que le drame ukrainien ne fait plus la une des journaux. Dans cette guerre oubliée, les soldats doivent d’abord compter sur leurs mères, leurs soeurs et leurs cousines pour les aider à passer ce rude hiver.