Donner une visibilité aux artistes, promouvoir l’art post-soviétique au-delà des frontières de l’Europe : c’est la mission que souhaite remplir l’association Q_Rators. Celle-ci monte des projets culturels entre la France et l’Ukraine pour créer un vaste réseau alternatif d’artistes.

Natasha Tseliuba.

L’art post-soviétique part à la conquête de l’Europe, et plus particulièrement de la France. Depuis trois ans, l’association franco-ukrainienne Q_Rators exporte l’art au-delà des frontières, en organisant des événements culturels dans les deux pays. Plus de 140 artistes en ont déjà bénéficié.

Aux commandes de ce projet, deux amies artistes. Anna Ten, qui s’occupe de la programmation à Paris, et Natasha Tseliuba, une jeune femme pétillante et débordante d’énergie à Kiev. Au Living Room, un café coloré de la capitale très prisé des artistes, elle explique avec enthousiasme la genèse de cette association. «Le but, c’est de faire connaître l’art activiste post-soviétique aux étrangers. Certaines institutions ne sont pas encore prêtes à inviter des expositions critiques sur les événements de Maïdan ou à parler de sujets sérieux», confie Natasha Tseliuba.

Organiser des échanges culturels en France n’est pas une mince affaire pour l’association. Si de nombreux artistes ont réussi à obtenir des résidences dans l’Hexagone, les projets sont majoritairement organisés entre les murs du centre culturel d’Ukraine. Un espace pas toujours adapté pour les œuvres d’art contemporain.

Contre le cloisonnement culturel

Le public qui assiste à ces événements est averti, et souvent issu de la diaspora ukrainienne vivant à Paris. Natasha Tseliuba aimerait casser cette «bulle» qui enferme les artistes et ne leur offre pas la visibilité souhaitée. «J’adorerais pouvoir faire des expositions au Palais de Tokyo!» plaisante-t-elle. Et celle-ci de déplorer que les musées et galeries françaises prennent peu d’initiatives en la matière.

Cette prudence, Natasha Tseliuba la comprend. «C’est une réaction tout à fait normale quand on ne connaît pas vraiment ce sujet ni les artistes. Les Français ne se sentent peut-être pas assez compétents pour s’occuper de la scène artistique ukrainienne pour l’instant».

La co-fondatrice de Q_Rators regrette aussi que les artistes à l’étranger n’élargissent pas plus leur réseau. Ils invitent leurs amis, ce qui les enferme dans un cercle très réduit et peu représentatif de la richesse culturelle en Ukraine. Pour éviter cet autre cloisonnement, l’association cherche des profils différents, sans tenir compte du CV, du réseau et du nombre d’expositions réalisées.

Des projets activistes au label ukrainien

La mobilité des artistes est aussi freinée par les coûts de déplacement. Les expositions en France ont beau être financées par le Ministère des affaires étrangères, les dépenses personnelles restent à la charge des artistes.

Un nouveau défi attend maintenant Q_Rators. L’association a été fondée en plein cœur de la guerre et a forgé son identité autour de cette thématique, très prisée des activistes. Ce qui a suscité l’intérêt des Français. «Nous devons réussir à attirer l’attention avec des sujets qui parlent d’autre chose», explique la jeune femme. Le prochain projet de l’association porte e sur la sexualité dans les pays post-soviétiques.