En 1991, à la chute de l’URSS, l’Ukraine soviétique retrouve son indépendance, même si durant plusieurs années, le pays reste sous le contrôle d’un gouvernement pro-russe.

L’année 2004 est fondamentale : à l’issue de l’élection de Viktor Ianoukovitch, président pro-russe, jugée frauduleuse, la révolution orange, menée par Viktor Iouchtchenko et Ioulia Tymochenko, porte au pouvoir des forces politiques libérales et pro-occidentales.

A droite : Viktor Ianoukovitch, à gauche : Viktor Iouchtchenko et Ioulia Tymochenko

Si l’élite politique ukrainienne se rapproche alors de l’Union européenne, l’influence russe reste très présente : 17% de la population ukrainienne aujourd’hui est d’origine russe et la partie orientale du pays est majoritairement russophone. L’Ukraine est également un atout majeur pour l’armée russe. Notamment la province autonome de Crimée qui bénéficie d’une situation idéale sur la mer Noire. La Russie détient également une importante base navale ancrée au port de Sébastopol.

 

En 2010, Viktor Ianoukovitch revient au pouvoir dans un pays affaibli par la crise financière, les lourdes factures gazières et la corruption. L’Ukraine est malgré tout courtisée par ses voisins européen et russe avec qui elle entretient d’importantes relations commerciales. En 2014, les échanges commerciaux avec l’Europe s’élevaient à près de 38 milliards d’euros et les échanges avec la Russie représentaient plus de 24 milliards d’euros.

L’Union européenne, voisine directe de l’Ukraine depuis les élargissements de 2004 et 2007, envisage de l’intégrer dans son partenariat oriental. Un projet qui cible plusieurs anciennes républiques soviétiques avec un double accord d’association et de libre-échange à la clé.

A l’est, Vladimir Poutine, qui s’emploie à reconstruire l’ère de domination russe, veut faire de l’Ukraine une pièce maitresse de son union douanière. C’est la préfiguration d’une union eurasienne qui réunirait de nouveau plusieurs républiques d’ex URSS, dans le but de faire peser très lourd ce bloc et de l’orienter non pas vers l’Occident mais vers l’Est.

Tandis que Ianoukovitch jongle entre les deux propositions, Moscou déploie tous ses efforts pour faire pencher la balance de son côté en proposant une aide financière et une baisse du prix du gaz. Et à la fin de l’année 2013, Ianoukovitch annonce brusquement l’arrêt des négociations avec Bruxelles et choisi de se rapprocher de la Russie. La volte-face du régime provoque la colère d’une partie des Ukrainiens qui y voient une trahison et occupent la place de l’indépendance de Kiev : la place Maïdan. Le mouvement prend de l’ampleur et en février 2014, les affrontements entre force de l’ordre et manifestants font plus de 80 morts et des centaines de blessés.

Place Maïdan, février 2014

Après la destitution de Ianoukovicth le 22 février, une partie des Ukrainiens de l’est refusent  de reconnaitre les autorités de transition.

Le 16 mars, la Crimée, qui appartient à l’Ukraine depuis 60 ans mais qui est majoritairement russophone, vote massivement en faveur de son rattachement à la Russie lors d’un référendum qualifié d’illégal par les États-Unis et l’Union européenne. Deux jours après, Vladimir Poutine signe le projet de loi rattachant la Crimée à la Russie et Moscou reprend le contrôle des bases militaires ukrainiennes. En réponse, le Canada, les États-Unis et l’Union européenne durcissent le ton et interdisent leurs territoires à des responsables politiques russes et à leurs homologues de Crimée.

Le 11 mai, l’est de l’Ukraine s’embrase et les séparatistes pro-russes autoproclament l’indépendance des régions de Louhansk et de Donetsk à la suite d’un référendum jugé, encore une fois, illégal par Kiev.

Deux semaines plus tard, l’Ukraine élit son nouveau président, le pro-occidental Petro Porochenko, qui doit éviter que l’est du pays ne connaisse le même sort que la Crimée.

L’Ukraine et les rebelles pro-russes signent une trêve à Minsk, au Belarus, le 5 septembre. Mais le cessez-le-feu n’est pas respecté et les affrontements se poursuivent sur le terrain.

En février 2015, Les pourparlers de paix reprennent. Un plan « de la dernière chance », défendu par François Hollande et Angela Merkel, est présenté et les différentes parties acceptent une feuille de route pour régler le conflit : c’est l’Accord de Minsk 2. Mais cette fois encore, le cessez-le-feu ne tient pas ses promesses.

De violents combats ont repris en janvier et février 2016 dans la région du Donbass, les séparatistes de Donetsk et de Louhansk, soutenus par la Russie, cherchant à déplacer la ligne de front à leur avantage et à renforcer leurs positions. Confrontées à des pertes militaires élevées, les forces ukrainiennes ont cédé le contrôle de l’aéroport de Donetsk et des abords de la ville de Debaltseve. Bien que Moscou continue de nier toute participation directe, l’appui de la Russie aux combattants séparatistes, aussi bien par de l’armement que par des troupes sur le terrain, est avéré.

Un accord négocié grâce à une médiation internationale a été conclu en février 2016 entre le gouvernement ukrainien et les autorités de fait des républiques populaires de Louhansk et de Donetsk. Cet accord s’est traduit par la mise en place d’un fragile cessez-le-feu. En septembre, les deux camps ont éloigné de la ligne de front les armements lourds, mais des tirs de mortier et des échanges à l’arme légère, avec leur cortège de nouvelles victimes, continuaient d’être signalés à la fin de l’année.

Selon l’ONU, en mars 2016, la guerre en Ukraine a fait plus de 9000 morts et 21 000 blessés, civils, forces armées ukrainiennes et membres de groupes armés inclus.

De gauche à droite: le président biélorusse Alexander Loukachenko, Vladimir Poutine, Angela Merkel, François Hollande et Petro Porochenko, lors des discussions de paix à Minsk en février 2015.

« Le 8 septembre, l’Ukraine a saisi la Cour pénale internationale (CPI) concernant la situation dans le Donbass, en soumettant une déclaration aux termes de laquelle elle reconnaissait la compétence de la Cour pour les crimes présumés commis sur son territoire depuis le 20 février 2014. Le Parlement ukrainien n’avait cependant pas ratifié le Statut de Rome de la CPI à la fin de l’année » informe Amnesty international dans son rapport annuel.

Le 12 novembre, le Parlement a adopté une loi portant création d’un Bureau national d’enquête, chargé de mener des investigations sur les infractions présumées perpétrées par des responsables de l’application des lois. Ce texte devait encore être promulgué par le chef de l’État à la fin de l’année. Les cas de torture, d’homicide volontaire et autres mauvais traitement n’ont pas encore été jugées. 270 personnes en tout sont concernées.

Aujourd’hui encore le conflit armé dans le Donbass continue de faire des morts de chaque côté malgré le cessez le feu. Des milliers de réfugiés et d’orphelins survivent dans de terribles conditions près de la zone de front, à la frontière de l’Ukraine et de la Russie, aidés par des associations ukrainiennes et internationales.

Des réfugiés ukrainiens dans un camp provisoire à Donetsk, dans la région de Rostov-sur-le-Don, dans l’ouest de la Russie, non loin de la frontière avec l’Ukraine. Crédit Photo REUTERS/Alexander Demianchuk.